Colette Camelin

  • Saint-John Perse

    Colette Camelin

    • Hermann
    • 1 Janvier 2007

    L'imagénétion créatrice n'est pour Saint-John Perse ni une « puissance trompeuse » ni une fuite dans un ailleurs imaginaire : elle permet d'explorer les profondeurs psychologiques de l'individu et l'infinie variété des hommes « en leurs voies et façons ». L'imaginition est une faculté libératrice, elle relie l'individu aux puissances de la nature et à la communauté des hommes. Aussi le motif d'attribution du Prix Nobel de littérature à Saint-John Perse en 1960 pourrait se résumér par ces mots : « cette imagination au déploiement magistral est sa force ». Les poèmes, par des analogies ouvertes, des images saisissantes et un rythme puissant, accroissent le désir de vivre, l'exigence intellectuelle, l'émerveillement face au réel et l'amour du monde. Confrontée à l'évolution scientifique du vingtième siècle et au « très grand désordre » de l'histoire, la poésie se dote « d'un peu de magie pour s'éclairer elle-même à la frontière de l'insaisissable ». C'est sur la dimension créatrice et poétique de l'imagénétion que Colette Camelin concentre son attention dans ce livre. « L'inertie seule est menaçante. Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance ». Saint-Jonh Perse (1887-1975)

  • Pas de chance en français, contrairement à l'anglais qui a deux termes, story et history, notre langue n'a qu'une histoire à sa disposition. Le mot « histoire » y désigne à la fois le passé de l'humanité et la connaissance de ce passé mais aussi le récit d'une aventure, une affaire, la narration d'événements, fictifs ou non. Comme il serait simple de pouvoir opposer le public au privé, l'érudition à l'imagination, la vérité à la fiction, l'histoire à la littérature. C'est impossible, bien entendu. La littérature revendique un droit sur la vérité du passé, collective et personnelle. L'histoire a, elle aussi, pour sujet des aventures individuelles - celles des « grands hommes » de la nation, dont le destin a provoqué l'événement « historique » et façonné le devenir des peuples, mais aussi celles des anonymes, vies du passé que les grandes crises, ou seulement la marche du temps, ont presque effacées. De Michelet et Quinet jusqu'à Carlo Ginzburg ou Ivan Jablonka, l'historien ne cherche pas seulement des continuités en construisant le récit des événements, il désire parfois aussi ressusciter les morts. L'écrivain a sensiblement la même ambition, mais lui veut également inventer des vivants. Un roman peut être un ouvrage d'érudition, l'histoire, par nécessité ou par défaut, produit des fictions. Quant au terme de « littérature », il ne renvoie pas seulement aux écrivains, il désigne aussi une discipline universitaire, avec ses processus de validation et ses controverses, son rapport à l'institution, des méthodes propres, dont l'objet est l'étude de l'oeuvre littéraire, dans ses formes, son histoire, ses mutations, ses corpus. Littérature et histoire : rien de simple dans cette simple coordination.

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