Hachette Littératures

  • Imagine-t-on qu'à la veille de fuir la capitale, le 2 septembre 1914, le gouvernement français convoque Mme Fraya, une voyante mondaine, pour lui demander si l'ennemi s'emparera de Paris ? Sait-on que le président Raymond Poincaré a reçu cette même Mme Fraya à l'Élysée en 1917 pour lui poser des questions sur la fin de la guerre ? Ou encore qu'il a reçu une jeune bergère vendéenne qui, se croyant une nouvelle Jeanne d'Arc, prétendait avoir reçu de Dieu la mission de bouter l'ennemi hors de France ? Le prophétisme et la voyance : un aspect méconnu de la Grande Guerre. Pour répondre aux angoisses des Français, en ces temps de malheur, d'innombrables prédictions, des plus farfelues souvent, professées par divers charlatans, voyants, médiums ou autres tireuses de cartes, sont faites. Cette envolée de l'irrationnel est conditionnée par la peur de la mort. On se raccroche à tout ce qui peut redonner un peu de confiance. Jean-Yves Le Naour rend compte ici d'une culture populaire, longtemps ignorée par les historiens, et offre une nouvelle approche pour la compréhension du premier conflit mondial.

  • En 1916, le Christ apparaît à une bergère vendéenne et lui confie la mission de bouter les Allemands hors de France. Surnommée « la nouvelle Jeanne d´Arc », la jeune Claire Ferchaud suscite tout d´abord l´enthousiasme des croyants qui espèrent en l´intervention divine pour que la victoire soit donnée à la France, « fille aînée de l´Église ». Mais la République laïque et anticléricale n´est pas une fille obéissante, et si le président Poincaré reçoit la bergère à l´Élysée, sa mission militaire et religieuse est bloquée par les autorités publiques. C´est que l´affaire est politique : pour que la France soit victorieuse, le Christ a exigé que le pays se repente de ses erreurs républicaines et place son Sacré-Coeur sur le drapeau national. Derrière cette histoire singulière, se profilent des luttes de pouvoir entre l´Église et l´État mais aussi à l´intérieur de l´Eglise entre républicains ralliés et réactionnaires patentés. À travers l´épopée dérisoire d´une Jeanne d´Arc en bleu horizon, Jean-Yves Le Naour explore les rapports complexes entre foi, patriotisme et politique, sur fond d´une société traumatisée par la guerre et prête à tout croire pourvu qu´on lui promette la fin des combats.

empty