Écosociété

  • Il y a une dizaine de milliers d'années, la sédenta­ri­sation des groupes humains, l'émergence de l'agriculture et l'établissement des premiers États ont jeté les bases de notre civilisation. Et si cette «révolution néolithique» n'était qu'une parenthèse malheureuse dans le cours de l'histoire humaine, comme le prétendent les primitivistes ? Et si ces événements, loin d'être «civilisateurs», avaient précipité l'humanité dans un processus écocide et autodestructeur dont nous mesurons seulement aujourd'hui toute la gravité? Stimulé par ces questions qui imprègnent les débats écologistes depuis les années 1960, Pierre Madelin examine d'un regard critique les fondements historiques et anthropologiques de cette théorie selon laquelle les multiples formes de domination ne sont pas inhérentes à la vie sociale, mais résultent de cette «catastrophe fondatrice» du Néolithique. Or le primitivisme se révèle une impasse politique, affirme l'auteur: plutôt que de mythifier la vie préhistorique en anticipant l'effondrement de la civilisation industrielle, ne vaudrait-il pas mieux se mobiliser pour une transition vers une société agroécologique?

  • Pédagogie pour des temps difficiles ; cultiver des liens qui nous libèrent Nouv.

    Le futur est dans l'enfance. Pas seulement parce que le futur appartient aux enfants, mais surtout parce que l'enfance est le seul état dans lequel l'humain fait profondément alliance avec l'univers qui l'entoure. Or, en ces temps difficiles que nous traversons, notre principale possibilité d'un futur émancipé réside précisément dans cette alliance avec l'univers que portent en eux les enfants. Si la pédagogie est le soubassement essentiel à toute entreprise d'émancipation de l'enfant, elle doit l'accompagner dans sa création de liens avec tout ce qui vit autour de lui. Autrement dit, la pédagogie doit cultiver des liens qui libèrent. Ce n'est pas seulement une question de formation des nouvelles générations, c'est toute notre culture et notre futur qui sont en jeu.

  • Considérant les ravages du tourisme et les effets délétères de son industrie, il est généralement de bon ton d’opposer à la figure du touriste celle du voyageur, dont les intentions seraient nobles et les agissements respectueux des populations et des environnements. Or, est-il encore possible de concevoir le voyage comme mode d’être au monde et comme moyen d’aller à sa rencontre? Et d’où nous vient ce «besoin» de voyager? C’est à partir de ces questions d’ordre philosophique que Rodolphe Christin nous invite à penser le voyage, lui pour qui cette notion doit avant tout constituer «un acte de l’esprit, une expérience particulière de la pensée et du corps. Autrement dit, une certaine expérience du monde que les infrastructures touristiques mettent à mal et qu’il conviendrait cependant de sauver».

  • Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre qu'il n'y aura pas de « développement durable » et à envisager la « décroissance » comme seule manière d'arrêter la catastrophe en cours. Mais que porte ce mouvement et courant de pensée aux visages multiples? Synthèse claire et originale des réflexions qui s'inscrivent dans cette perspective, Guérir du mal de l'infini est aussi un convaincant plaidoyer pour refuser la croissance et envisager la transition d'un monde essentiellement basé sur l'entreprise vers un monde fondé sur les communs. Car le problème que pose la course à la croissance illimitée n'est pas seulement qu'elle détruit ce qui rend nos vies possibles, c'est aussi qu'elle nous éloigne sans cesse davantage de la liberté et de l'égalité qui nous ont été promises. Tel est le « mal de l'infini ». Pour en guérir, les prières aux gouvernements et les incantations vertueuses ne suffiront pas. Une vraie bataille est à mener, sur plusieurs fronts, et ce livre offre un moyen de s'armer pour avancer sur celui des idées.

  • Travailleuse d'usine mexicaine, cultivateur de riz indien, ménagère ougandaise, fermière aymara: ces personnes ont en commun d'être nées dans des nations exploitées ou opprimées. C'est le résultat de l'ordre mondial institutionnalisé : la prospérité de l'Occident vient en grande partie de l'appauvrissement du reste du globe. Pourtant, les positions antimondialisation actuelles sont trop souvent synonymes de fermeture des frontières et de repli sur soi. Pour faire contrepoids, Maïka Sondarjee développe une position internationale pour la gauche qui est réellement solidaire avec les nations du Sud: l'internationalisme radical. Avec cette vision anticapitaliste, décoloniale et féministe de la coopération internationale, elle souhaite intégrer l'Autre au coeur de nos préoccupations. Une invitation à décoloniser la solidarité internationale et à envisager une transition globale juste, seule façon de ne pas perdre le Sud.

  • Le tourisme est la première industrie mondiale, même s'il est pratiqué par seulement 3,5 % de la population... Un luxe réservé aux occidentaux qui, depuis l'avènement des congés payés, ont intégré «un devoir d'ailleurs et de loisirs». Mais qui n'a pas senti ce malaise, dans une boutique de souvenirs ou sur une plage des Caraïbes couvertes de baigneurs blancs? Qui n'a jamais ramené de vacances le sentiment de l'absurde? Car même les mieux intentionnés des voyageurs contribuent malgré eux à la mondophagie touristique. Et rien ne semble pouvoir arrêter cette conquête démesurée des quatre coins du monde: ni la pollution qu'elle impose, ni la disparition des spécificités culturelles qu'elle vient niveler et encore moins la conscience de l'Autre qu'elle réduit à une relation marchande. Pouvons-nous nous évader du tourisme? Rodolphe Christin nous invite à retrouver l'essence du voyage: préférer le chemin à la destination, et «disparaître» plutôt qu'apparaître partout.

  • Est-ce que les idées et les pratiques défendues par l'anarchisme et le socialisme trouvent encore un écho aujourd'hui? Ces courants de pensée nous aident-ils toujours à penser la domination et la transformation sociale? Leurs visions opposées du rôle de l'État sont-elles irréconciliables? Est-il possible de transcender leurs clivages historiques pour bâtir une gauche apte à relever les défis du XXIe siècle? C'est à cet exercice que se sont prêtés Marcos Ancelovici et Pierre Mouterde dans cette stimulante série d'entretiens dirigés par Stéphane Chalifour et Judith Trudeau. Héritage des luttes, stratégies politiques, pouvoir des urnes et de la rue, nation, horizons révolutionnaires, ces thèmes clivants sont au coeur d'un dialogue vigoureux et fécond. Une discussion franche, riche en références historiques, qui révèle l'actualité de ces perspectives politiques radicales et une volonté de tirer des leçons du passé afin de construire des ponts, de faire «cause commune».

  • Et si nous désobéissions, si nous cessions d'être de sages consommateurs? Paul Ariès nous invite à suivre les réflexions des objecteurs de croissance, de l'alimentation à la désobéissance civile, en passant par la publicité, le rationnement et la gratuité. Quand 20% des humains s'approprient 86% des ressources disponibles sur Terre, parler de décroissance devient une nécessité. Égratignant à la fois spéculateurs environnementaux et vendeurs de développement durable, il appelle à la «croissance» de l'imaginaire et des liens sociaux, pour s'offrir collectivement une vie plus libre, plus signifiante et, finalement, plus humaine. Il revient sur 10 ans de combats de la décroissance qu'il aime décrire comme un «chemin de crête», dont pourraient découler le pire et le meilleur.

  • Point de haine de l'économie là où on nous fait aimer l'argent, à tout prix. Point de haine de l'économie, mais une économie de la haine. Le programme: faire l'économie de la haine. Haïr sans qu'il n'y paraisse. Ainsi s'investit-on dans l'asservissement à l'argent. Sous les données, sous les calculs et sous la spéculation: des crimes, du sang, du vol et des morts, mais assourdis par ce savoir économique et ses prérogatives légales. Car l'argent fait écran: faut-il qu'on délocalise des usines, licencie du personnel, pollue des rivières, contourne le fisc, soutienne des dictatures ou arme des chefs de guerre pour que le prix d'une action monte en Bourse? Cette culture de l'argent nous autorise précisément à faire l'économie de ces questions, sur le mode de l'autocensure. Alain Deneault en tire un à un les fils, pour libérer notre conscience de ce filtre marchand qui codifie le social.

  • Comment s'émanciper de cette servitude volontaire où consommation et capitalisme riment avec destruction des conditions de vie sur Terre? Aller au supermarché en voiture, changer de iPhone tous les six mois, passer trois heures par jour devant un écran, cela fait pourtant partie du quotidien de la plupart de nos contemporains. Or, sans une véritable transition écologique, nous assisterons inévitablement à une série d'effondrements systémiques. Pour rompre avec l'imaginaire de domination rationnelle du monde hérité de la science et de la philosophie modernes, Pierre Madelin explore les possibilités révolutionnaires du présent en convoquant l'écologie politique libertaire. Si le capitalisme est l'ennemi à abattre, un changement de paradigme, qui concerne autant le climat, l'énergie, la démographie, la question animale que l'organisation politique des sociétés, est en marche. Avec une lucidité salutaire et par-delà toute pensée réactionnaire, Pierre Madelin nous invite à conserver le monde en tant que monde.

  • Pour sortir de la seule critique des élites au pouvoir, l'IRIS a décidé de brasser la cage. Quelles seraient les politiques qu'un gouvernement au service du bien commun pourrait mettre en branle dans un premier mandat? Dans cet exercice de politique fiction, les chercheur.e.s passent de la réaction à la proposition à travers cinq chantiers prioritaires : la réduction du temps de travail, la démocratisation de l'économie et des lieux de travail, la solidarité sociale, l'occupation du territoire et la transition écologique. Il en ressort un éventail d'alternatives concrètes et audacieuses pour changer le Québec, à l'opposé des politiques d'austérité. Loin de vouloir imposer un plan déjà défini, l'idée est de lancer des débats. Avec le désir d'inspirer, au bout du compte, un certain goût pour l'audace et l'ambition collective. Vous embarquez?

  • Pourquoi tolérons-nous la pauvreté malgré la richesse de nos sociétés? Comment expliquer ce manque de solidarité envers les personnes les plus vulnérables, en particulier celles à l'aide sociale? Olivier Ducharme s'attaque aux politiques d'assistance sociale fondées sur le modèle de la «contrepartie», adopté par la majorité des pays occidentaux et imposant des conditions à quiconque veut s'en prévaloir. Ainsi, au Québec, l'État verse à la personne demanderesse une prime financière si elle participe à un programme d'insertion à l'emploi; dans le cas contraire, on va jusqu'à lui imposer des pénalités financières. Dénonçant cette politique inique de la carotte et du bâton, Ducharme cherche du même souffle à réhabiliter l'image que nous nous faisons du «pauvre». Remettant en question certains dogmes, comme le travail et l'argent, il plaide pour une aide sociale éthique, centrée sur la solidarité humaine et détachée de l'emprise du marché du travail. Contre les mensonges du néolibéralisme, l'heure est venue de défendre un droit inconditionnel à l'assistance sociale.

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