Grasset Et Fasquelle

  • Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l'attention qu'il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l'aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu'elle vient d'avoir quatorze ans, V. s'offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l'homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s'arracher à l'emprise qu'il exerce sur elle, tandis qu'il s'apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l'écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
    « Depuis tant d'années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu'au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l'enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

    Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d'une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l'ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d'une époque, et la complaisance d'un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

  • Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d'emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s'est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
    Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d'enfants et part à la découverte d'un Paris où la grisaille de l'après-guerre s'éclaire d'un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l'objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l'humanité des humbles et des invisibles.
    Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d'une passion amoureuse.
    Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l'exil ? Comment apaiser les terreurs qui l'ont poussée à fuir son pays et les siens ? Et comment, surtout, se pardonner d'être partie ?
    Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l'opposition à la guerre du Vietnam et l'assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au coeur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
    Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d'apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d'une troublante intensité, habitée par la grâce d'une écriture ample et sensible.

  • Gisèle Halimi : Soixante-dix ans de combats, d'engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd'hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l'injustice demeure, qu'elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l'avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l'égalité à l'heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile.
    Depuis l'enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de « fille ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l'Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s'engage en faveur de l'avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association « Choisir la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse... Gisèle Halimi vibre d'une énergie passionnée, d'une volonté d'exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence.
    « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette « avocate irrespectueuse », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l'égalité.

  • 1984, le chef-d'oeuvre de George Orwell, fait partie des plus grands textes du XXème siècle. Les lecteurs de tous âges connaissent Big Brother et Winston Smith, car plus qu'un roman politique et dystopique, 1984 a nourri notre imaginaire sans jamais perdre de son actualité. L'atmosphère envoûtante et le dessin aux teintes fantastiques de l'illustrateur brésilien Fido Nesti, alliés à la modernité de la traduction de Josée Kamoun, nous offrent aujourd'hui une somptueuse édition de 1984, la première version graphique du texte mythique d'Orwell.
    Il s'agit d'un des événements éditoriaux les plus attendus de l'année à travers le monde.

  • Le serment

    Thomas Lilti

    « Parfois je me demande ce qui est du domaine de la fiction et ce qui est du domaine de la réalité. Qu'est-ce que j'ai inventé pour mes personnages et qu'est-ce que j'ai vraiment vécu ? Est-ce que moi je les ai passés, mes diplômes ? J'ai des montées d'angoisse. Qu'est-ce qui prouve, là, maintenant, que je suis réellement médecin ? On pourrait essayer de trouver des gens qui voudraient témoigner pour moi. On pourrait essayer de retrouver un exemplaire de ma thèse, mais j'ai cherché et je ne sais pas où est ma thèse, elle n'est pas à la bibliothèque universitaire, j'ai appelé, ils n'ont pas de traces de ma thèse de docteur en médecine. Elle doit être quelque part chez mes parents mais la seule chose que j'ai trouvée, c'est un petit papier du médecin qui a été mon directeur de thèse, et dans son CV il y a marqué qu'il a été le directeur de la thèse de Thomas Lilti. Ça me rassure un peu, mais est-ce que cela prouve que je suis docteur en médecine ? ».

    Ancien médecin devenu réalisateur, brutalement à l'arrêt du fait du confinement, Thomas Lilti s'engage comme bénévole à l'hôpital où il tournait quelques jours plus tôt dans des services désaffectés, transformés en plateau de cinéma. Saisissant retour de l'autre côté du miroir, en pleine crise sanitaire, dans un grand hôpital de Seine-Saint-Denis.
    Un retour si bouleversant qu'au fil des jours, il s'interroge à voix haute. Qu'est-ce que la vocation de médecin ? Que cache le secret médical ? Et ce monde très hiérarchisé autour du sacro-saint « docteur » ? Qu'est-ce qui fait un bon médecin ? Quelle place pour le patient ? Comment s'exerce réellement ce fameux serment d'Hippocrate, fondateur de l'exercice de la médecine ? Comment trouver sa place lorsqu'on est soi-même fils de médecin ?
    Réflexion unique sur l'engagement des soignants, l'évolution du domaine de la santé, l'éthique médicale, le réel et la fiction, Le serment est aussi le récit d'un parcours initiatique passionnant. Par son humour, sa façon d'aller au plus juste de sa pensée, ses certitudes et ses doutes, son talent de conteur, Thomas Lilti invente une voix unique. Elle nous invite à découvrir les paradoxes fascinants d'un monde aux secrets si bien gardés.

  • C'est l'histoire d'un journaliste pas comme les autres - tel que la littérature nous en offre à chaque époque, entre Rouletabille et Lisbeth Salander. Etienne Dardel, 50 ans, fou de littérature, de punk, et d'Internet, croit de moins en moins à son métier. C'est un idéaliste roué, un coeur pur et pugnace, défenseur de toutes les libertés. Franc tireur, il a rendu sa carte de presse et travaillé à l'étranger. Son pays la France semblait avoir renoncé à tout destin social et politique mais soudain, par un hiver inattendu... il se réveille. Une colère monstre, qui trouve son étendard sous la forme d'un gilet fluorescent.
    Est-ce une révolution ? Chaque samedi désormais, la foule se dresse, Paris brûle, comme les belles vitrines, entre clameur, désespoir et combat politique. En face, le gouvernement et sa police. Etienne Dardel ne dort plus. Il roule à moto. Il filme. Il tweete. Il interpelle: @allo place Beauvau c'est pour un signalement. C'est donc ça la démocratie ? Ces mains arrachées, ces yeux crevés, cette violence de l'Etat ?
    Nous le suivons dans ces pages brûlantes, tendres, terribles, sur le pavé et dans les arcanes du pouvoir policier, où les héros balzaciens parlent comme chez Despentes : Dhomme, le directeur de l'ordre et de la circulation à Paris ; son adjoint Andras, syndicaliste prêt à tout ; le préfet retranché dans son bureau silencieux ; mais aussi, Vicky, black bloc ; sa mère, ex-socialiste devenue lepéniste. Enfin, un peuple anonyme, primo manifestants, policiers perdus, animateurs ambigus, juges iniques ou garde du corps présidentiel.
    Dernière sommation est le roman vrai et documenté d'un combat pour la vérité dans une France en colère. Plume incisive et syncopée, David Dufresne brosse la chronique crue de notre époque et nous raconte ce qui nous menace encore.

  • Livre culte dans le monde entier, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur raconte l'histoire d'Atticus Finch, jeune avocat, qui élève seul ses deux enfants Jem et Scout. Lorsqu'il est commis d'office pour la défense d'un homme noir accusé d'avoir violé une femme blanche, la vie de la petite famille bascule. Nous sommes dans les années 1930, dans une petite ville de l'Alabama et certaines vérités peuvent être dangereuses à démontrer...
    Grâce au talent de Fred Fordham (notamment découvert en France grâce à Nightfall, paru chez Delcourt), ce roman graphique donne une nouvelle vie au chef d'oeuvre d'Harper Lee. L'illustrateur a exploré les lieux qui ont compté pour la mythique auteure américaine en se plongeant dans sa vie afin de s'approcher au plus près de son imaginaire. Fred Fordham offre un éclairage inédit du texte avec ce magnifique ouvrage qui renforce encore la modernité de l'oeuvre de Lee. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est l'un des plus grands classiques de la littérature du xxème siècle.


    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov, relu et actualisé par Isabelle Hausser

  • Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié.
    Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l'appui et l'amitié d'Anne Goscinny, à ce « Roman des Goscinny » - un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa naissance, dans le Paris des années 20, au coeur d'une famille juive, exilée de Pologne et d'Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fuit les progroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L'enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René : le dessin, le rire, puis l'écriture.
    Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l'histoire, entre l'Amérique et l'Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie, lui le « paresseux contrarié », une partie de la famille meurt dans les camps d'extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d'Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier ; mais aussi le Petit Nicolas avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et de Iznogoud.
    C'est aux portes du « célèbre village gaulois » que s'arrête le premier tome du « Roman des Goscinny » : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de « René » ; et ceux racontés par sa fille Anne à son amie - donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.

  • Ce livre est d'abord l'histoire d'une amitié entre deux femmes de deux générations différentes, l'une pionnière du féminisme, l'autre adepte d'un féminisme naturel. Voici ce qu'en dit drôlement Benoîte Groult, qui a participé à toutes les étapes de la création de cette biographie graphique : "J'avais ressenti le coup de foudre de l'amitié dès ma première rencontre avec Catel et je venais de lire d'une seule traite Kiki de Montparnasse, dont les personnages avaient été les amis de mes parents du temps où ils fréquentaient Montparnasse.
    J'ai vraiment eu l'impression en voyant Catel s'emparer de ma vie, d'entrer dans un univers de liberté, de vérité et d'humour. J'ai pu dire "Bravo, Catel, tu as du génie !" et j'ai réussi à cultiver cette chaleureuse amitié qui nous unit". Rencontres dans tous les lieux chers à Benoîte, à Hyères, en Bretagne, à Paris, croquis de la famille, de ses trois filles, exploration de presque un siècle de féminisme (Benoîte aura 94 ans en janvier 2014), et retours sur les épisodes les plus marquants de l'histoire personnelle d'une femme engagée : de la famille grande bourgeoise mais libre aux combats les plus célèbres du féminisme, de l'avortement au divorce, de la féminisation des noms de métiers à l'amour qui s'invente au quotidien, de Georges de Caunes à Paul Guimard, de la mer bretonne à la pêche en Irlande, de la presse au roman.
    Ainsi soit Benoîte Groult est bien plus qu'une biographie en dessins : c'est une odyssée de la femme moderne, une visitation intime et drôle, tendre et douce, d'un destin qui se confond avec l'histoire de la Femme, et de l'écrivaine, et s'il vous plaît n'oubliez pas le "e" du féminin !

  • « Prenez une inspiration, soufflez, et suivez ma voix, rien que ma voix, désormais, vous êtes noir, un noir de l'Alabama dans les années cinquante. Passez les ruisseaux, les fleuves, l'océan, survolez New York, puis cap au Sud, bifurquez, vous voici en Alabama, capitale : Montgomery. Regardez vous, votre corps change, vous êtes dans la peau et l'âme de Claudette Colvin, jeune fille de quinze ans sans histoire... Depuis toujours, vous savez qu'être noir ne donne aucun droit mais beaucoup de devoirs. Quand vous faites les courses vous devez rester à l'extérieur, tendre votre liste et attendre que l'on vous serve. Pour des chaussures, il vous faut dessiner l'empreinte de votre pied sur un bout de papier, le tendre à la vendeuse, lui désigner depuis l'extérieur le modèle et l'acheter sans l'avoir essayé... » Seulement, le 2 mars 1955, Claudette Colvin refuse de se lever. Malgré les menaces du chauffeur, armé, des autres passagers blancs et de certains passagers noirs, elle reste assise. Après avoir été jetée en prison, elle décide d'attaquer la ville et de plaider non coupable. C'est le début d'un itinéraire qui mènera Claudette Colvin de la lutte à l'oubli. C'est le début d'un combat décisif, mais sans cesse (toujours) recommencé...
    « Noire », c'est une histoire où se croisent Martin Luther King Jr, jeune pasteur de vingt-six ans tout juste nommé à Montgomery, et Rosa Parks, couturière de quarante ans, pas encore Mère du mouvement des droits civiques : et le lecteur, touché, tourmenté, découvre cette héroïne de quinze ans, toujours vivante, et presque méconnue.

  • Comment un texte inventé de toutes pièces peut-il circuler depuis cent ans et provoquer des revirements politiques fracassants ? Will Eisner retrace avec génie toute l'histoire de ce « complot juif » inventé au début du XXème siècle pour attiser l'antisémitisme régnant en Europe et en Russie : les Protocoles des Sages de Sion justifient les pires intentions, et leur diffusion connaît un succès retentissant avant et pendant la première Guerre mondiale. Un journaliste britannique du Times découvre la supercherie en 1921 : les Protocoles sont une copie presque conforme d'un obscur traité anti-bonapartiste, les Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, écrit par un dissident français en exil. Les « auteurs » des Protocoles n'ont eu qu'à remplacer les bonapartistes par les Juifs et le mot « France » par « le monde »...
    On connaît donc la vérité mais rien n'y fait : les Protocoles sont utilisés par Hitler, le Ku Klux Klan et trouvent encore aujourd'hui des millions de lecteurs dans les pays arabes. Surpris par le destin insolite de ce plagiat, Eisner nous raconte son histoire avec un coup de crayon très expressif, drôle et noir, ironique et inquiétant. Par des cadrages audacieux et d'impressionnantes pages titres, Eisner provoque la curiosité du lecteur ; on lit avec plaisir une bande dessinée passionnante, sans oublier ce que dénonce Eisner : un mensonge qui sert la haine et l'antisémitisme.

  • Pour celles et ceux qui ressentent vivement l'arrogance de la culture officielle, la lecture de Corto Maltese est jubilatoire. Car découvrir cette bande dessinée, c'est pénétrer dans un monde où rien ne s'exclut, où tout coexiste : l'enfance et la vieillesse, l'action et le détachement, l'amour et l'envie de s'y dérober, l'utopie et le pragmatisme, les comportements chevaleresques et l'avidité (Corto et Raspoutine...), la bouffonnerie et la mélancolie, les militaires et les magiciennes, les civilisations du passé et celles du présent, les voyages dans l'espace et les voyages dans le temps. L'art d'Hugo Pratt se moque de la distinction entre réflexion et divertissement, entre culture noble et populaire, ces distinctions qui fondent notre éducation. À chacune de ses planches, ces catégories, sinistres cloisonnements, volent en éclats.

    Cet essai romanesque est la célébration de cet univers sans frontières. Il évoque Hugo Pratt, que l'auteur a connu, à travers l'exploration de son art : il cherche à retrouver un disparu à travers la beauté de son trait.
    Enfin, il est une interrogation sur l'amour de la bande dessinée, sur ce qui le fonde.

  • Voici le roman le plus singulier de Dany Laferrière  : un roman dessiné. Et écrit à la main  ; comme tous les précédents, mais dans cet Autoportrait de Paris avec chat son écriture est reproduite en même temps que ses dessins, dans ce volume de grand format et de grande ambition. Et c'est guidés par la main du plus charmeur des académiciens français, ses lettres et ses couleurs, que nous pénétrons dans un Paris à son image, un Paris qui, d'une certaine façon, n'est autre que lui-même.
    Plutôt que «  À nous deux Paris  !  », voici «  Nous deux à Paris  !  ». Le narrateur, un grand rêveur, arrive dans la ville la plus réaliste du monde. Il en fait la découverte et nous avec lui, remontant ses rues et le temps à la rencontre de ceux qui ont fait sa gloire. Paris, ses monuments de pierre et d'intelligence, l'arc de Triomphe aussi bien que Balzac, ses cafés aussi bien que ses créateurs de mode, le Flore aussi bien que Gabrielle Chanel. Paris se nourrit aussi des étrangers qui cessent d'en être dès qu'ils l'aiment et contribuent à faire ce qu'il est. Et voici donc Hemingway, et voici donc Noureev, et voici donc Apollinaire... Et puis il y a Chanana. Qui est cette mystérieuse chatte en manteau rose qui arrive chez le narrateur à minuit  ?

  • « J'ai perdu la vue à Jérusalem. Ça n'a rien à voir avec Dieu, je n'y crois pas. Mais c'est arrivé là-bas, comme ça, d'un coup. Et je n'ai pu m'empêcher d'y chercher un sens ». Condamnée « au noir jusqu'à la fin de ses jours », Marceline Loridan-Ivens regarde en elle, se souvient et se livre. Avec son amie et complice d'écriture Judith Perrignon, elle ouvre sa « valise d'amour » - où, depuis 1946, à son retour des camps, Marceline range, cache, oublie des mots passionnés, des petits papiers tendres, des pensées pour un homme, des lettres douloureuses, des dessins... Une vie d'amour et de sentiments, tandis que le passé ne se laisse jamais enfouir. Peut-on aimer, désirer et jouir après les camps ? Ou reste-t-on à jamais la « fille de Birkenau » ?

    Au fil des pages, merveilleusement libres, sensuelles et âpres, on plonge dans le Paris d'après-guerre, où les femmes se cherchent une liberté de corps et d'esprit. On découvre un mari, Francis, aimé puis delaissé aux anciennes colonies ; des amants joyeux, en colère, pleins d'espoir, tel Georges Pérec, dont le portrait trône chez Marceline ; des hommes de passage ; le plus cher et le plus tendre des amis, Jean-Pierre ; et bien sûr le grand documentariste Joris Ivens, qui partagea trente ans de sa vie, rue des Saints-Pères.

  • Michel Piccoli, acteur mythique du cinéma français, figure charismatique et mystérieuse, est au coeur de films inoubliables comme Le Mépris de Jean-Luc Godard, La Grande Bouffe de Marco Ferreri, ou encore Max et les ferrailleurs de Claude Sautet, pour n'en citer que trois parmi plus de 200. Véritable lieu de mémoire du cinéma, il se retourne aujourd'hui sur ses propres souvenirs et considère avec une profonde lucidité ce qui l'a construit, le temps qui passe et ce qui reste d'un parcours exceptionnel. Habité, personnel, intense, ce récit évoque l'enfance, l'apprentissage du théâtre, des souvenirs de cinéastes et de ses plus grands films, ses réflexions sur le métier de l'acteur, la mélancolie... S'adressant à son grand ami et complice Gilles Jacob, Michel Piccoli se livre pour la première fois en toute liberté, sans complaisance et avec franchise.

    « Parvenir à étonner les gens par mon travail sans prétention, avec simplicité, aura été mon idéal. Je suis un éternel enfant, heureux de raconter une histoire. Donner à vivre un texte provoque en moi un plaisir inouï, et j'ai toujours été émerveillé de vivre ce métier extravagant. Faire l'acteur est tellement étrange ! D'abord il faut beaucoup travailler, ensuite il faut se mettre à jouer et que cela ne soit plus vécu comme un travail. »

  • Après l'immense émotion qui a suivi l'attentat contre Charlie Hebdo, Caroline Fourest qui a travaillé pendant six ans dans ce journal, vécu l'affaire des caricatures de 2006 et qui est arrivée très tôt sur les lieux du drame où elle ne comptait que des amis et des proches revient sur ces voix dissidentes qui, au nom de la « responsabilité », de la peur « d'offenser » ou du soupçon d'« islamophobie » n'ont pas voulu « être Charlie ». De la presse anglo-saxonne qui a censuré la couverture de Luz à une certaine gauche qui s'est pincé le nez en passant par le président d'honneur du Front national plutôt « Charles Martel » et un Dieudonné plutôt « Charlie Coulibaly ».
    Dans cet essai poignant, vif et sans concessions, elle recadre les débats sur la liberté d'expression, alerte sur les dangers d'une mondialisation de l'intimidation, tout en clarifiant la ligne de fracture entre laïcité et négationnisme, droit au blasphème et incitation à la haine, entre rire du terrorisme et rire avec les terroristes.
     

  • Grande figure du street art, miss.tic a fait des rues de la capitale sa plus belle galerie. depuis 1985, elle bombe au pochoir, sur les murs, des billets d'humeur illustrés de portraits de femmes, légendés de phrases pertinentes et impertinentes. voici enfin réunies, dans un ouvrage, ces phrases à l'humour subtil et corrosif. aphorismes, sentences, épigrammes, formules, épitaphes, jeux de mots, messages qui nous parlent de notre époque, de l'amour, du temps qui passe. entre calembours et traits d'esprit, son écriture est jubilatoire, ses figures de mots transgressent les régles élémentaires de notre langage et de nos lieux communs. ces textes révèlent une expérience artistique libre, singulière et provocante.

  • En 2006, sous l'impulsion de Philippe Cohen, nous nous sommes lancés dans une aventure un peu folle. Raconter Nicolas Sarkozy, dans une enquête minutieuse et véritable, en bande dessinée et en essayant de faire rire. La face karchée de Sarkozy était un pari audacieux qui  a réussit, grâce au public et aux libraires, bien au-delà de nos espérances. Ce genre a fait de nombreux petits depuis.
    En 2013, Philippe Cohen nous a quittés et nous pensions que cette page était tournée.
    Avec nos amis de Grasset, nous avons décidé de reprendre le flambeau :
      « Marine le Pen sera peut-être au second tour et au fond, on ne sait pas qui elle est, c'est un sujet pour vous. »   C'était vrai. En tout cas, nous, nous ne savions pas et nous avons eu envie de la révéler dans sa vie quotidienne, son histoire familiale, sa pensée politique, ses amitiés disparates, ses rapports avec Marion Maréchal-Le Pen, l'omniprésence de Philippot, son parricide, sa dédiabolisation.
    Saïd Mahrane nous a rejoints, après 12 ans passés à couvrir le Front National pour Le Point, afin d'analyser au plus près ce personnage honni par certains, adulés par d'autres. Nous nous sommes intéressés à cette femme politique au coeur du « système » qu'elle déclare combattre comme à notre ancien président de la République... avec un soupçon de perfidie, une légère malice, une pincée d'irrévérence, un constant souci de vérité.
      L'histoire commence le 7 mai 2017, à 6h30...

  • Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l'atelier d'un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l'accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s'achève. La guerre assombrit l'horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit...
    Minuit, Montmartre s'inspire d'un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue... Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l'absinthe tuent aussi sûrement que la guerre.
    Ce roman poétique, d'une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d'un conte.

  • Mieux que tout discours les titres de certains poème de ce recueil donnent le ton : "J'ai trop souvent vu des clodos aux yeux vitreux". "Mettez en veilleuse votre cul, votre tête et votre coeur", "Un poème pour une vieille femme aux dents gâtées". "La nuit où j'ai baisé mon réveille-matin". Attention : la liqueur est très forte.

  • Il y a très peu de temps encore, l'Europe était "idéologiquement, symboliquement et matériellement" divisée ; des pays entiers étaient séparés du reste du monde.
    Peter Sís a mis son talent et ses archives personnelles au service du témoignage de cette époque qu'il a vécue " derrière le rideau de fer ".
    Au fil de son enfance, puis de son adolescence, il raconte et dessine sa vie à Prague, où il est né en 1948, jusqu'à, plus de quarante ans plus tard, la chute du mur de Berlin. Il offre ainsi, chronologiquement et à travers une passionnante mise en mots et en images, un formidable panorama de ces longues années passées " du côté rouge "...

    Avec le souci du détail et la minutie qui le caractérisent, Peter Sís signe ici un ouvrage autobiographique et historique majeur pour son oeuvre.
    Un livre foisonnant, récit graphique à mi-chemin entre l'album et la bande dessinée, pour mieux comprendre les mondes d'hier, d'aujourd'hui et de demain, initiation historique à découvrir et à apprécier à tous les âges, à partir de 8 ans.

  • Georgia

    Julien Delmaire

    Georgia est une chanson.
    Georgia est une jeune femme perdue.
    Georgia est un roman d'amour : deux êtres à la dérive se rencontrent, se racontent, dans une parenthèse en clair-obscur, au coeur de la ville, ici et maintenant.
    Venance écoute, Georgia parle, et de sa voix jaillissent des paysages. L'enfance résonne avec les derniers accords de Joy Division.
    « La vie de Georgia commence à peine, que déjà les heures épuisent le sablier. Le bluesman reprend son souffle. La chanson passe de bouche en bouche. L'amour, l'amour nous déchirera à nouveau. »

  • L'Ourson Biloute et la Baraque à Frites de l'Espace Dans un petit village du Nord de la France, jusqu'ici tout va bien. Il pleut. Les frites sont chaudes, les grenouilles croassent tranquillement. Mais une redoutable menace plane sur ce paisible tableau. Le terrible Past Ador, commandant en chef de la Galaxie Fantôme, a décidé d'envahir la planète Terre et d'empoisonner les frites avec l'ignoble sauce Z ! L'Ourson Biloute, un ours en peluche pas ordinaire, doté d'un fichu caractère, se dresse courageusement face aux envahisseurs.
    Grâce à l'aide de Lemmy, le rockeur au grand coeur, Biloute combat sans relâche les hordes d'extra-terrestres.

  • Takeshi Kitano a écrit sa toute première autobiographie à paraître hors des frontières du Japon, au terme de plusieurs années d'entretiens avec le journaliste français Michel Temman. Comment être à la fois un showman célèbre et un cinéaste exigeant ? Kitano se livre sans concessions, à la manière d'un ami qui se raconte autour d'une table, devant une bouteille de bon vin - une de ses passions. Kitano n'en revient pas de sa " destinée ", lui l'autodidacte qui a dû interrompre l'université, lui qui n'a jamais renié ni oublié ses origines modestes, comme en témoigne, encore aujourd'hui, un besoin de reconnaissance jamais assouvi. Alors, il s'épanche sur sa jeunesse dans le Japon de l'après-guerre : une enfance interdite, une famille nombreuse entassée dans la misère d'un quartier populaire, la passion pour les sciences, ses rêves d'explorateur et sa fascination pour le commandant Cousteau, les études qu'il faut poursuivre, malgré la pauvreté, grâce à sa mère, à l'éducation stricte. Le père, enfin. Cet homme introverti mais qui, porté sur la boisson, pouvait avoir des accès de colère violente. Kitano confie ses regrets, les occasions manquées. " Je n'adressais jamais la parole à mon père. Lui ne me disait jamais rien. Je me souviens avoir joué une seule fois avec lui, sur cette plage d'Enoshima où il m'avait emmené voir la mer ". Au départ de sa gloire, les Two Beat - un duo comique spécialisé dans le sketch provocateur. Beat Takeshi se distingue en prenant des risques. Il se moque des marginaux, des déclassés, de la mafia japonaise. Les producteurs censurent, l'applaudimètre l'encense. Le succès est immédiat, et le duo - toujours actif aujourd'hui - assure l'avenir et la popularité de Kitano.
    Si la télévision est un purgatoire, le cinéma est sa rédemption. A Beat Takeshi revient l'art de se compromettre en riant ; à Takeshi Kitano, celui de la création artistique. Cette révélation lui vient en 1983, pendant le tournage de Furyo, un des chefs d'oeuvre de Nagisa Oshima. Kitano, alors âgé de 36 ans, y joue le troisième rôle ; c'est pur hasard, dit-il lui-même, s'il est ainsi venu au cinéma. Une esthétique de la violence, une musique envoûtante, des antihéros solitaires, impassibles et torturés, deviennent ses marques de fabrique. Puis vient le succès de Sonatine en 1993 - salué par la critique surtout à l'étranger. Épuisé, surchargé de travail, écrasé par le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur, le cinéaste connaît alors un passage à vide et voit la mort en face, suite à un accident de la route. Une envie d'en finir ? Certains le pensent. Il revient, plus ambitieux que jamais. Ses nouveaux films sont plus intimistes, réfléchis. C'est l'heure de la maturité, et la consécration : ses films sont régulièrement sélectionnées dans les plus grands festivals de cinéma, Cannes bien sûr mais aussi la Mostra de Venise, qui lui décerne un Lion d'or pour Hana-bi en 1997 et un Lion d'argent pour Zatoïchi en 2003.
    Pour la première fois, il révèle ici son engagement humanitaire en Afrique autant que sa vision pessimiste du Japon, colonisé par l'Amérique et acculturé.
    Depuis son accident de la route, Kitano s'est créé une vision très personnelle de la vie, à mi-chemin entre acharnement au travail, bouddhisme zen et épicurisme. Il reprend la peinture, qui joue un rôle prépondérant dans sa façon de concevoir le cinéma. Son autobiographie est aussi un " Ce que je crois " d'une étonnante vitalité.

empty