Michalon éditeur

  • A l'heure où notre système démocratique semble avoir perdu la maîtrise de lui-même et s'interroge sur le sens même du pouvoir, Richelieu, homme d'Eglise et d'Etat, nous instruit sur l'origine et la signification de l'aventure politique française.

  • « Une époque de superstition est celle où les gens imaginent qu'ils en savent plus qu'ils n'en savent en réalité. En ce sens, le XXe siècle aura été certainement exceptionnellement riche en superstitions, et la cause en est une surestimation de ce que la science a accompli - non pas dans le champ des phénomènes relativement simples où elle a certes été extraordinairement efficace, mais dans le domaine des phénomènes complexes ; car dans ces derniers, l'application des techniques qui ont si bien réussi essentiellement dans les phénomènes simples s'est révélée très déroutante. »

    Lorsqu'on ignore sa propre ignorance, cela fait des dégâts. Chacun pense savoir plus et mieux que les autres ; mieux les connaître qu'eux-mêmes ; pouvoir les conduire à leur place vers leurs véritables intérêts. L'intolérance est le produit de cette prétention aux certitudes, qui n'est rien d'autre qu'une croyance et la pire de toutes. Expression même de l'obscurantisme, elle est le socle commun de tous les totalitarismes, avec toutes les horreurs qui les accompagnent.

  • Comment juger ? Qu'ai-je à faire avec la justice ?
    De telles questions ne s'adressent pas aux seuls professionnels du droit, mais à tout citoyen, à tout homme, dès lors qu'il vit en société.
    L'infini de cette responsabilité démesurée à l'égard d'autrui demande mesure et définition.

  • Romancier, dramaturge, anthropologue, essayiste et moraliste, prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti est un écrivain inclassable, rétif aux dogmes comme aux idéologies, qui a tout fait pour ne pas s'ériger en maître. Hostile aux systèmes de pensée à vocation totalisante, la pensée de Canetti peut sembler, à première vue, assez déroutante, tant il est difficile d'en identifier la forme unitaire qui lui confère d'emblée sa signification. Pourtant, si ses motifs sont indéniablement pluriels, l'oeuvre de Canetti n'en reste pas moins portée par le souci de donner tout son sens à la possibilité pour les hommes de résister, en se jouant notamment des identités figées, à un pouvoir ayant besoin d'infliger la mort pour s'exercer.
    Le livre de Nicolas Poirier privilégie l'aspect plus directement politique de l'oeuvre de Canetti : à partir principalement de l'anthropologie de la culture élaborée par Canetti dans "Masse et puissance", son unique ouvrage théorique, il se donne pour objet de faire ressortir les thématiques et problématiques saillantes de la réflexion menée par Canetti concernant notamment le pouvoir et son lien avec la mort, mais aussi plus largement la capacité humaine de faire communauté sans succomber aux pathologies qui enferment l'homme dans une identité qu'il prétend exclusive.

  • a pensée et l'oeuvre de Pierre Bayle (1647-1706) forment une énigme, depuis toujours objet d'un conflit des interprétations. En butte aux persécutions qui précédèrent la révocation de l'édit de Nantes, il préféra l'exil à Rotterdam. Sa revue les Nouvelles de la République des lettres constitua une des premières formes de l'espace public européen, et on a pu dire de son fascinant Dictionnaire historique et critique (1696) qu'il constitua la matrice des Lumières. Dans son Commentaire philosophique, où il fait l'apologie de la tolérance, il critique l'oppression religieuse de "la France toute catholique". Mais dans son Avis aux Réfugiés, il fustige toute sédition religieuse des protestants réfugiés. L'intrication de ces deux lignes, qui remontent de Hobbes et Machiavel, d'une part, et d'autre part de Milton et Bodin, jusque chez Calvin, aide à comprendre les paradoxes politiques, et politico-théologiques, fondateurs d'une modernité aujourd'hui en crise. En cherchant à penser ces "différends", Bayle invente un style d'écriture pluraliste, délinéarisée, qui correspond au caractère oblique de son plaidoyer pour la sincérité de l'autre.

  • Les premiers champs d'intérêt de Michel Foucault - la folie, la naissance de l'asile, et de la clinique - peuvent paraître bien éloignés du droit. Pourtant, l'étude des institutions qui, de l'hôpital général à la prison, ont « traité » malades et miséreux, fous et débauchés, vagabonds et délinquants, conduit à réinterpréter ces gestes dont l'habitude nous a fait oublier l'étrangeté : enfermer pour enfermer pour guérir, discipliner pour intégrer, exclure pour inclure...

  • L'éthique politique de Jean Calvin (1509-1564) est à la fois une éthique religieuse, inspirée par le puissant mouvement réformateur de Luther, et une éthique de la Loi morale, soucieuse d'instruire un nouveau rapport au droit et à la cité.La manière même dont Calvin énonce le rôle ambigü de l'Eglise, lieu de libération mais aussi instrument de contrôle social, est révélatrice de sa visée critique et constructive, comme de ses propres limites.

  • « Le témoignage le plus important et le plus pénible du monde moderne est le témoignage de la dissolution, de la dislocation ou de la conflagration de la communauté », écrit Jean-Luc Nancy. Retracer le politique, alors, c'est rompre avec l'idée que « tout est politique ». C'est exiger du pouvoir qu'il renonce à mettre en oeuvre la communauté comme une totalité et ménagea l'accès à d'autres sphères de l'existence.

  • Comment intervenir dans les conflits sociaux sans céder à la tentation de la violence? Où trouver le courage de lutter sans armes face à un adversaire qui en dispose? C'est à ces questions que se rapporte la philosophie de Gandhi. Il élabore une conception renouvelée et harmonieuse des rapports entre éthique et politique.

  • Jean Giraudoux (1882-1944), grand nom de la littérature de l'entre-deux-guerres, incarna en son temps l'humanisme républicain. Pourquoi cet héritier des Lumières est-il devenu suspect à la fin des années 1960 ? Pour ses propos, odieux mais isolés, sur les immigrés ashkénazes ? Cela n'explique pas pourquoi il commença à tomber dans l'oubli au moment où triomphait la « barbarie » de Céline. Nos mémoires imbriquées - républicaine, laïque, vichyste, résistante, juive - peinent à se reconnaître dans le miroir déformant de son oeuvre. Giraudoux fait sécession par rapport aux normes sociales. D'où sa méfiance à l'égard des formes du droit et son goût pour l'utopie. Il porte sur son temps tragique un regard éloigné, faussement indifférent.
    Il faut se méfier des lectures rétrospectives qui replacent une oeuvre antérieure à la Libération dans la lumière crue de l'après-Shoah et d'une France qui a du mal à se remettre de « l'étrange défaite » de juin 1940. Giraudoux n'a pas trahi ses idéaux républicains mais les a placés en tension entre la menace d'un effondrement et la nécessité d'un ressaisissement. Vue sous cet angle, et sans rien cacher de ses ambiguïtés, son oeuvre surprend par son tranchant : laïque, féministe et écologique, curieuse de l'Autre jusqu'à l'anxiété.

  • Aborder la problématique politique chez Sartre implique de commencer par se départir d'un poncif : ni « le père de l'existentialisme », ni « le protecteur des maos » n'étaient des doctrinaires. Sa pensée et ses engagements, forgés au feu de son temps, ce XXe siècle si violemment idéologique qui marqua Sartre et qu'il marqua en retour, demeureront toujours évolutifs et révisables. C'est ce parcours que ce livre se propose d'instruire, à charge et à décharge.

    Le monde de Sartre n'est plus. Mais à défaut d'un introuvable « sartrisme », un certain état d'esprit sartrien hante notre époque. En conférant à l'homme le pouvoir absolu d'édifier l'humanité par-delà les structures établies, en le hissant au rang de sujet de l'Histoire, en érigeant la subjectivité en source du sens, en creusant sans relâche les conditions dans lesquelles une liberté peut se laisser entraver, capter, séduire, retourner en son contraire, en n'hésitant jamais à penser contre lui-même et à reconsidérer ses positions à l'aune de l'actualité la plus tragique, cet état d'esprit rencontre, par des voies détournées, les aspirations d'une certaine jeunesse qui, comme Sartre en son temps, dénonce un système qui a atteint ses limites et dans lequel elle ne se retrouve plus.

  • La démocratie souffre d'un curieux paradoxe : contrairement à l'aristocratie ou à la monarchie dont les contours institutionnels et symboliques peuvent être tracés avec clarté, la démocratie ne se fige jamais dans une quelconque forme et se maintient plutôt suspendue à sa réinvention permanente. Balibar n'est pas le premier à poser la question du manque d'ambition de la démocratie, mais le seul à refuser de dissocier la question de l'extension démocratique de celle de son intensité.

  • L'oeuvre d'Orwell est consacrée à la recherche des conditions politiques et morales d'un "socialisme démocratique" conforme à la tradition civique des "gens ordinaires" et de la common decency, et à la critique radicale de ses falsifications."1984" sera ainsi la description de cette volonté totalitaire de destruction de l'esprit, établie sur le "novlangue" et la "doublepensée", les fondements modernes de la domination.

  • Augustin, c'est nous : il est le premier moderne. L'expérience d'un homme qui dit Je dans les confessions et Nous dans la Cité de Dieu, il envisage la condition de l'individu comme de la société dans une perspective où la mémoire, l'histoire, le temps de ce monde, sont premiers, même quand ils sont interrogés par le divin, et introduit comme une faille dans le narcissisme du monde ancien.Augustin est un homme pour tous, un philosophe qui ne cesse d'interroger la condition humaine.

  • Depuis une vingtaine d'années, les réflexions d'Axel Honneth se sont imposées comme une référence majeure dans les domaines de la philosophie morale, sociale, et politique. L'enjeu que soulève la pensée critique de Honneth est alors d'examiner si, aujourd'hui, les institutions de la reconnaissance auxquelles nous participions - la famille, le marché du travail, l'Etat de droit, l'espace public - méritent véritablement le qualificatif de "démocratiques".

  • Il est d'usage de parler de la langue de Shakespeare. Cet ouvrage démontre qu'on pourrait tout aussi bien parler du droit de Shakespeare. Poète national qui forge le roman politique et juridique de la nation anglaise au tournant de la Renaissance, Shakespeare est l'archétype de ces « législateurs cachés » dont parle Shelley.

  • La pensée d'Eric Voegelin, part d'une réflexion sur les symboles politiques qui lient l'ordre juridico-institutionnel à un ordre de l'existence, que l'homme découvre dans les expériences les plus fondamentales qu'il fait de son rapport à la dimension du sacré. S'opposant au positivisme des sciences juridiques et sociales de son époque, Voegelin veut fonder une « nouvelle science politique », à la fois descriptive et prescriptive, capable de renouer avec l'épistémè pilitiké des Anciens.

  • Pourquoi un romancier de droite s'engage-t-il parfois au côté de la gauche dans les grands combats politiques des années 1930 aux années 1950 ? La Guerre d'Espagne, la Résistance, la Guerre d'Algérie sont autant d'occassions pour Mauriac de développer une éthique politique que distilleront par fragments les fameux Bloc-notes. A l'heure où une vaste révèle des pans ignorés de sa personnalité, une synthèse de sa pensée politique restait à faire.

  • L'aveu peut-il délivrer le coupable de sa faute ? L'institution judiciaire est-elle en mesure de provoquer un tel aveu ?
    Pourtant, même perverse, même coupable, la justice reste un passage obligé pour la conscience coupable. En quel autre lieu la faute pourrait-elle est confessée à la face du monde ?

  • En 1930, Ortega y Gasset publie son livre le plus célèbre, La révolte des masses. Ce texte au grand retentissement dans le domaine de la réflexion politique.
    Traduit en Français en 1937, sa diffusion s'étendra à l'ensemble des pays européens et aux Etats-Unis. Il essaie d'y comprendre, le noyau de l'illégitimisme et de la violence, il nous invite à reconsidérer et à réévaluer les fondements mêmes du libéralisme politique.

  • Dès l'introduction, une première lecture historico-critique des rapports entre Freud, le politique et la loi explique pourquoi celui-ci est sûr d'avoir un enseignement à transmettre sur toutes ces questions. Elle révèle, en effet, son intérêt pour le sujet de la loi, qu'il est tenté, adolescent, d'aborder par le biais du droit, puis de la réforme sociale.

  • Penseur libre et iconoclaste Tocqueville (1805-1859) fut un ardent défenseur de la démocratie. Séduit par le model politique américain, il interrogea son temps sur l'avènement de la démocratie en France. Tocqueville montre que le passage de l'individu soumis à un régime féodal et absolutiste au citoyen responsable, libre et acteur de la vie démocratique ne se fit pas par une rupture nette et franche.

  • Michelet renouvelle l'interrogation sur la souveraineté politique. Mais il définit aussi une éthique de la responsabilité à l'échelle de l'histoire lorsqu'il accorde au lien qui unit les membres d'une communauté d'être un lien de mémoire.

    Relire le grand récit du droit de Michelet, c'est découvrir une véritable politique de la mémoire.

  • Derrida, engagé dès son enfance dans un corps à corps avec la langue et la nationalité françaises, choisit la philosophie pour cette exigence de justesse et découvre en elle l'exigence sans condition de la justice, différenciant en son nom le droit et la force qui l'institue.

empty