Hachette Littératures

  • Ce livre est une contribution à l'histoire du rêve en politique. Avant l'invention du 1er mai, seul le calendrier religieux scandait la vie des croyants à travers le monde ; avec le 1er mai, la classe ouvrière célèbre une fête laïque le même jour partout dans le monde ! En s'appuyant sur de nombreuses archives, images et témoignages, Danielle Tartakowsky nous introduit dans l'imaginaire politique construit depuis la fin du XIXe siècle. C'est en effet lors du centenaire de la Révolution française que les organisations ouvrières de vingt-deux pays se réunissent en congrès à Paris pendant l'Exposition universelle. Elles décident d'organiser une grande manifestation internationale, à date fixe et dans tous les pays pour s'affirmer ensemble contre les pouvoirs et obtenir la diminution du temps de travail. Danielle Tartakowsky nous livre l'histoire de ce jour de congé, de ses significations changeantes et imbriquées. Elle montre, par un retour à la chronologie, que le 1er mai a d'abord été un mythe avant d'être une date disputée par les pouvoirs politiques dans l'Europe des années 1930 : les régimes autoritaires s'en emparent et en modifient le sens ; après 1945, c'est une des rares dates à être célébrée à l'Est comme à l'Ouest de l'Europe et devient le symbole d'une adhésion commune à une forme d'État-providence. Plus récemment, ses valeurs ont de nouveau été disputées entre les manifestations des extrêmes droites européennes et des altermondialistes, tous deux contestant le libéralisme. Les cortèges se succèdent, le 1er mai demeure, tout en se transformant profondément. À travers l'analyse de cette journée de mobilisation, c'est toute une histoire politique de la France et de différents États dans le monde qui nous est donnée à comprendre.

  • En 1940, plus de 1800 000 soldats français ont été faits prisonniers. 1600 000 d'entre eux ont ensuite connu la captivité en Allemagne, près de 1 000 000 pendant cinq ans. La captivité a frappé toutes les couches sociales et toutes les classes d'âge entre 18 et 50 ans. Les P.G. sont, pour plus de la moitié, déjà mariés et souvent pères de famille. Plus qu'un simple épisode de la Seconde Guerre mondiale, la captivité est un phénomène social sans précédent. Privés de liberté, en exil en terre étrangère, séparés de leur foyer, torturés par la faim, contraints de travailler chez l'ennemi et pour lui dans les Kommandos, les P.G., du simple soldat de Stalag à l'officier d'Oflag, forment un monde divers et à part. 4% seulement d'entre eux réussiront leur évasion et 40 000 mourront en Allemagne. Le travail, exécuté dans des conditions souvent très dures, les met en contact direct avec la population allemande. Certains « privilégiés » sont employés dans des fermes... Mais d'autres connaîtront les chantiers, les carrières, l'usine ou la mine. Le retour, la réinsertion ne seront pas faciles non plus. Les hommes ont souffert. Ils ont changé, la France aussi. Il leur reste à réapprendre à vivre.
    Yves Durand
    Yves Durand enseigne l'histoire contemporaine à l'Université d'Orléans-La Source. Il participe depuis vingt ans aux travaux du Comité d'histoire de la deuxième guerre mondiale puis de l'Institut d'Histoire du Temps Présent. Spécialiste reconnu des années quarante, il a notamment publié Vichy 1940-1944, La Captivité, La France dans la deuxième guerre mondiale, Le Nouvel Ordre européen nazi et Les Causes de la deuxième guerre mondiale.

  • Imagine-t-on qu'à la veille de fuir la capitale, le 2 septembre 1914, le gouvernement français convoque Mme Fraya, une voyante mondaine, pour lui demander si l'ennemi s'emparera de Paris ? Sait-on que le président Raymond Poincaré a reçu cette même Mme Fraya à l'Élysée en 1917 pour lui poser des questions sur la fin de la guerre ? Ou encore qu'il a reçu une jeune bergère vendéenne qui, se croyant une nouvelle Jeanne d'Arc, prétendait avoir reçu de Dieu la mission de bouter l'ennemi hors de France ? Le prophétisme et la voyance : un aspect méconnu de la Grande Guerre. Pour répondre aux angoisses des Français, en ces temps de malheur, d'innombrables prédictions, des plus farfelues souvent, professées par divers charlatans, voyants, médiums ou autres tireuses de cartes, sont faites. Cette envolée de l'irrationnel est conditionnée par la peur de la mort. On se raccroche à tout ce qui peut redonner un peu de confiance. Jean-Yves Le Naour rend compte ici d'une culture populaire, longtemps ignorée par les historiens, et offre une nouvelle approche pour la compréhension du premier conflit mondial.

  • Pierre Brossolette (1903-1944), dont le nom s'inscrit sur les plaques de tant de rues, domine, avec Jean Moulin, l'histoire de la Résistance. On ne retient pourtant de cet homme exceptionnel que son geste de militant torturé, se donnant volontairement la mort pour échapper aux bourreaux de la Gestapo.
    Pour la première fois, ce livre raconte le parcours de ce brillant journaliste, viscéralement républicain, patriote authentique, profondément laïc, gaulliste convaincu, qui personnifie la lutte pour la liberté jusqu'au sacrifice suprême. Entré dans la Résistance dès le début de 1941, il rejoint Londres en 1942 et devient très vite le conseiller politique écouté du général de Gaulle. De concert avec le colonel Passy, il mène en 1943 la fameuse mission Arquebuse-Brumaire dont le bilan est impressionnant. Il repart aussitôt en France pour y consolider la Résistance intérieure et finit par tomber aux mains des Allemands...
    A l'heure où les projecteurs de l'actualité remettent en perspective les ombres de Vichy et les bassesses de la collaboration et donc, par contraste, les lumières de la Résistance, il n'est que justice de lever le voile sur les missions les plus périlleuses accomplies par Pierre Brossolette, sur le destin exceptionnel du plus gaulliste des socialistes, de ce héros qui restera dans notre histoire comme un pur symbole.
    Guy Perrier est entré dans la Résistance à l'âge de quinze ans, en décembre 1940. Après la guerre, il suit une brillante carrière militaire, puis exerce d'importantes fonctions au sein de groupes industriels, notamment Peugeot. Commandeur de la Légion d'honneur, Médaille de la Résistance, il est actuellement conseiller industriel.

  • Jacquou le Croquant, le personnage du roman d'Eugène Le Roy, n'a jamais existé. Mais il vit aujourd'hui comme symbole des révoltes paysannes.
    Au-delà de son rôle d'écrivain engagé, héritier de la Révolution, Eugène le Roy s'est attaché à peindre le Périgord rural du xixe siècle qui tarde à disparaître. Tandis que subsistent les traces d'une féodalité officiellement abolie et une religiosité encombrée de paganisme, métayers et fermiers souvent très pauvres s'acharnent à mettre en valeur de modestes lopins, cernés par les forêts que hantent les braconniers et les derniers loups. Le progrès technique est pourtant en marche et engendre maintes transformations : l'agriculture évolue grâce à des pionniers comme « le père Bugeaud » ; les bourgs, à l'étroit, éclatent en tout sens ; on assiste à une effervescence des idées avec Joseph Joubert, l'ami de Chateaubriand, ou Maine de Biran, le sous-préfet philosophe, précurseur de Bergson.
    Gérard Fayolle, à travers l'oeuvre d'Eugène Le Roy, fait revivre ce Périgord disparu et dresse le tableau d'une société en pleine mutation où se côtoient les marques du passé et les premiers signes du progrès.

  • « L'Oréal a pris ma maison » : cet étrange leitmotiv, si souvent entendu dans la bouche de sa mère, a marqué l'enfance de Monica Waitzfelder. C'est pour en percer le mystère que la jeune femme se lance dans une véritable enquête policière.
    Elle découvre un passé tragique : ses grands-parents, les Rosenfelder, ont possédé une propriété, à Karlsruhe en Allemagne. Ils ont dû l'abandonner en 1937, ainsi que tous leurs biens, pour se réfugier en France avec leur jeune enfant, la mère de Monica : juifs, ils subissent persécutions, spoliations et sont victimes de la Shoah.
    Après la guerre, tous les biens ne sont pas restitués : sur l'emplacement de rêve de la maison des Rosenfelder, au coeur de Karlsruhe, l'entreprise de cosmétiques L'Oréal a construit son siège social allemand.
    Aujourd'hui, devenu l'un des plus grands groupes mondiaux et ayant fait la richesse de la famille de ses fondateurs, L'Oréal refuse encore de reconnaître les faits. Le passé politique trouble de ses premiers dirigeants, acteurs d'une extrême droite proche de l'idéologie nazie, continue de peser sur le présent.
    L'enquête de Monica Waitzfelder, appuyée sur des documents d'époque, est un témoignage stupéfiant qui mêle souvenirs douloureux, vies brisées et grande histoire.

  • En 1881, Jules Ferry institue l'école laïque, gratuite et obligatoire. Une démocratisation qui passe par un recrutement massif d'instituteurs. Bons élèves issus de milieux populaires, souvent fils de paysans, les « hussards noirs » bénéficient d'une ascension sociale qui fait d'eux de véritables « notables du savoir ». Les femmes ne sont pas en reste, avec la création d'écoles de garçons et de filles, ce qui féminise largement le corps enseignant. Bientôt, les instituteurs s'imposent comme un groupe social fortement attaché à une République qui leur a donné leur « chance », en rivalité avec les prêtres dans la formation des enfants. La loi de 1905 établissant la séparation des Églises et de l'État signe la victoire des instituteurs, renforçant encore leur identité. Du recrutement des maîtres à leur formation dans les écoles normales ; de la discipline à la « leçon de choses » ou à l'instruction civique ; du tableau noir à la distribution des prix ; Xavier Darcos dresse un tableau pittoresque du quotidien des instituteurs à l'époque de Jules Ferry. Riche de témoignages et d'anecdotes, L'École de Jules Ferry ne néglige pas la réflexion sur l'école et la laïcité aujourd'hui, thèmes de la loi du 3 mars 2004, dont l'auteur, alors ministre, fut l'un des principaux promoteurs.

  • Jean Anglade
    Jean Anglade est né à Thiers en 1915. A treize ans il a pour compagnon de jeux et de travail Said ben Taiéb qui lui révèle le monde de l'immigration. Plus tard, il entre à l'Ecole normale de Clermont-Ferrand et devient instituteur de campagne. Après la guerre, professeur de lettres, agrégé d'italien en 1947, il est nommé successivement à Tunis, Gap, Clermont-Ferrand. Parallèlement, il publie plus de trente ouvrages dans tous les genres, et récolte une douzaine de prix littéraires.
    La Vie quotidienne des immigrés en France de 1919 à nos jours
    On ne trouvera pas dans cet ouvrage un exposé bourré de statistiques, de règlements officiels, mais le récit vivant de dix-neuf aventures recueilli de la bouche même des intéressés : immigrés d'autrefois et immigrés d'hier. On connaîtra les motifs de leur départ ; on vivra leur odyssée jusqu'à l'arrivée en France, leurs difficultés de toutes sortes, leurs misères, leurs satisfactions, leurs espérances. Ainsi ressortira l'extrême variété des situations selon les origines ethniques, géographiques, historiques, selon les situations de famille, le caractère rural ou urbain de l'implantation sur notre sol. Le Polonais de 1902 a un tout autre destin que l'Espagnol de 1960 ; le harki envie le sort de l'Algérien authentique ; le Portugais des villes ne vit pas comme le Portugais des champs. Les nombreux ouvrages publiés récemment sur ce sujet, les films, les enquêtes ont un peu trop négligé ces oppositions, se complaisant - par générosité sans doute - à peindre les seules détresses de nos immigrés. Or, il se trouve que nous avons aussi quelques immigrés heureux. II fallait le dire, par honnêteté.
    Les dix-neuf « héros » racontés par Jean Anglade ne constituent évidemment qu'un modeste échantillonnage. Ils sont du moins très représentatifs de ces six millions d'étrangers venus s'installer et travailler chez nous depuis 1919 et qui, eux aussi ou leurs descendants, ont largement contribué et contribuent à faire la France.

  • Un ethnologue peut-il sans risque observer les moeurs de sa propre tribu ? Peut-il, loin des tropiques, visiter nos sociétés en y discernant le jeu subtil des interdits et des prescriptions, de l'élémentaire et du complexe ? C'est, ici, le pari de Marc Augé qui publie cette «Traversée du Luxembourg» après des années de terrain en Afrique. Son projet : décrire, sous tous ses aspects, l'ethno-roman d'une journée française, devenir le Persan de notre siècle débordé. En la circonstance, cette journée, c'est le 20 juillet 1984 : le pays est en vacances, les journaux font le portrait d'un nouveau Premier Ministre qui a le même prénom que le vainqueur du Tour de France. Partout, à l'entour, les usages tissent la trame d'un univers symbolique dans lequel l'ethnologue peut circuler, entre la publicité et le sport, entre les songes et les jours, entre Durkheim et Sèvres-Babylone. Cet ethno-roman ressuscite ainsi le conte philosophique du XVIIIe siècle, ce genre injustement négligé où les éclats de l'intelligence ne se conçoivent pas sans les plaisirs du texte.

  • Les premiers instituteurs
    « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs... » La célèbre évocation de Péguy glorifie les instituteurs républicains, les fondateurs de l'école laïque, gratuite et obligatoire de Jules Ferry. Mais que sait-on de leurs prédécesseurs ? De ces maîtres des années 1833-1882 qui les premiers, selon la loi Guizot, devaient être munis d'un brevet de capacité et enseigner dans toutes les communes de France ?
    Le récit de Fabienne Reboul-Scherrer montre qu'ils n'ont pas démérité. Mal préparés à leur tâche, privés des outils pédagogiques les plus élémentaires, pris dans les luttes d'influence entre le pouvoir politique qui fixe les programmes, l'Église qui leur confie l'instruction religieuse, et les municipalités qui doivent souvent à contre- coeur les payer et entretenir la « maison d'école », ils ont vécu et agi en véritables pionniers de l'instruction de masse.
    L'auteur nous invite à suivre quelques-uns de ces destins exemplaires qu'elle replace dans les âpres débats sur l'éducation et dans le contexte politique troublé de l'époque. Bien des questions abordées ici trouvent un écho dans nos interrogations contemporaines : le statut et la mission des instituteurs, les méthodes pédagogiques, le coût de l'instruction, la place de l'École dans la vie de la nation.
    Fabienne Reboul-Scherrer
    Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris et spécialiste de l'histoire culturelle du XIXe siècle, Fabienne Reboul-Scherrer a été ingénieur d'études au CNRS de 1983 à 1986. Elle se consacre maintenant à l'écriture de romans.

  • Longtemps, le Massif central a conservé sa bigarrure de pays, de métiers et de traditions. Auvergnats, Caussenards, Cévenols, Vellaves, Bourbonnais, Rouergats, Limousins gardent le sentiment d'appartenir à des communautés que l'oeuvre unificatrice du jacobinisme n'a pas totalement oblitérées. Comment décrire cette mosaïque, comment avancer un seul détail qui fût vrai pour l'ensemble du Massif central au xtxe siècle? Jean Anglade relève brillamment ce pari en traçant une galerie de portraits. De la nourrice morvandelle au batelier de la Dordogne, du papetier d'Ambert au coutelier thiernois, du tapissier d'Aubusson au pâtre caussenard, du maçon limousin au locatier de la Limagne, un univers de métiers, de rites et de fête revit dans ces pages.
    Jean Anglade
    Né à Thiers, instituteur de campagne puis professeur de lettres à Saint-Étienne et à Thiers, agrégé d'italien en 1947, Jean Anglade enseigna à Tunis, Gap et Clermont-Ferrand. Parrainé en littérature par Henri Pourrat, Jean Paulhan, Alexandre Vialatte, il a, dans une oeuvre abondante, exploré tous les genres : le roman, l'histoire, la poésie et l'humour.

  • 1936: Hubert Paludeau assassine sa maîtresse, après une liaison tumultueuse... Meurtre avec préméditation? Crime passionnel? S'en suit un procès qui fera grand bruit. L'opinion est perturbée, les plaidoiries enflammées. La violence de l'amour, la jalousie sournoise peuvent-elles atténuer l'horreur du crime? Verdict: crime passionnel, vingt ans de travaux forcés, seulement.
    2007: Charles Nadeau poignarde à seize reprises sa femme. Un couple chaotique. Un enfant qui le divise. Tensions, violence conjugale, jalousie amoureuse. De l'amour à la haine il n'y a qu'un pas... Verdict: vingt ans de réclusion criminelle.
    L'amour peut-il être une circonstance atténuante au crime? Un tribunal se fait-il l'écho des valeurs d'une époque? Aime-t-on différemment au début et à la findu xxesiècle? Les «circonstances atténuantes» se plai-dent-elles différemment dans l'entre-deux-guerres et soixante-dix ans plus tard, dans les années 2000? André Rauch donne la parole à la presse, à l'opinion, aux accusés et à leurs plaideurs pour analyser ce moment où la passion se consume dans le crime.

  • L?esclave est au coeur des civilisations grecque et romaine dans l?Antiquité.
    Objet de propriété, il participe à toutes les activités économiques : présent dans les champs, les mines et les ateliers, il est également commerçant, enseignant ou administrateur. Esclave domestique, il évolue dans l?environnement immédiat des maîtres et des maîtresses, et participe souvent à l?éducation des enfants. La violence est à l?origine de sa condition et l?accompagne sa vie durant jusqu?à son affranchissement, s?il l?obtient.
    Jean Andreau et Raymond Descat proposent, à travers leurs regards croisés, une vision renouvelée de l?esclave dans l?Antiquité.
    La démarche des auteurs, qui s?intègre dans les débats historiques sur l?Antiquité, porte un éclairage inédit sur la pratique de l?esclavage ; elle permet de faire apparaître la singularité de chaque histoire et de montrer l?évolution d?un statut qui n?est pas figé dans le temps.

  • Le recours au feu, loin d'être une nouveauté, s'ancre dans l'histoire. La France d'avant 1914 est éclairée de flammes qui ne s'éteignent qu'épisodiquement : le monde rural est familier des incendies de granges ou de fermes, signes de conflits économiques et sociaux entre possédants et pauvres. L'incendie est également manifestation politique : à Paris, en 1871, le feu signe la chute de la Commune. La ville brûle et mettra des décennies à reconquérir les ruines. Utilisé par les militaires lors des guerres qui rythment le XIXe siècle, l'incendie est une arme redoutable et redoutée : la politique de la terre brûlée hante l'imaginaire des populations civiles. Derrière l'incendie perce la figure de l'incendiaire : un être malade ? un criminel ? un désespéré ? autant d'images qui angoissent les esprits du siècle et les criminologues. Jean-Claude Caron met ici en lumière un mode de protestation radical, une expression de la colère et du désespoir qui atteignit son paroxysme au XIXe siècle mais ne s'est jamais éteinte depuis.

  • De Gaulle continue à régenter la politique française.
    Qu'on rejette son action et sa pensée ou qu'on en cultive la référence, le Général exerce encore sur la vie publique une domination souveraine qui en fait le "grand homme" français du XXe siècle, auquel nul n'ose se comparer.
    Nicolas Tenzer montre qu'il faut en finir avec le complexe gaullien. Non pour dénier à l'hôte de Colombey une supériorité en son temps, ni pour réhabiliter ses adversaires les plus indignes. Mais pour juger les fondements de son action, alors que son héritage, pesant et équivoque, entrave aujourd'hui l'action politique.
    Aux yeux de l'auteur, il est devenu absurde de singer le gaullisme qui, en dehors du Général, n'existe sans doute pas. Ses copistes feraient bien de se dégager de ses cadres de pensée, en matière de politique étrangère comme dans le domaine institutionnel, et de rompre avec sa vision de l'histoire de France, sa marginalisation de la société et ses mythologies qui nous ont trop longtemps dissimulé la politique réelle.
    Mais renoncer aux schémas gaulliens, à droite comme à gauche, n'est pas facile : revisiter De Gaulle suppose une maturité, un ton juste, une distance critique et, nécessairement, une banalisation de cette grande figure historique.
    Au moment où l'on célèbre le 40e anniversaire de la Cinquième République, voici la réflexion roborative d'un esprit indépendant.
    Nicolas Tenzer, né en 1961, ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'ENA, haut-fonctionnaire, est président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique, et dirige la revue "Le Banquet". Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont La Société dépolitisée (PUF, 1990), Philosophie politique (PUF, 1994, 2d éd. 1998) et Le Tombeau de Machiavel (Flammarion, 1997).

  • En juillet 1940, André Dewavrin, alias colonel Passy, alors âgé de vingt-neuf ans, se voit confier le 2e et le 3e bureaux d'un état-major gaulliste encore embryonnaire. Il va mettre sur pied et diriger pendant quatre ans une des réussites les plus remarquables du général de Gaulle : le BCRA (bureau central de renseignement et d'action). Structure modeste au départ, dotée de moyens dérisoires, mais animée par l'enthousiasme de quelques Français, elle devient une formidable machine de guerre, réalisant sur le terrain des opérations de sabotage et, surtout, de périlleuses missions de renseignements. Mais il aura fallu vaincre la réticence des Anglais et des Américains, démentir les calomnies qui faisaient du BCRA un repaire de la Cagoule, triompher des luttes de pouvoir sourdes, mais âpres, entre le général de Gaulle et le général Giraud à Alger, et enfin gagner la confiance de la Résistance intérieure.
    Pour la première fois, grâce aux archives personnelles du colonel Passy, un livre raconte cette incroyable réussite et lève le voile sur cet homme de l'ombre, cette grande figure de la Résistance, récemment disparue, qu'était le colonel Passy.
    Guy Perrier est entré dans la Résistance à l'âge de quinze ans, en décembre 1940. Saint-cyrien, il suit une brillante carrière militaire, avant d'exercer d'importantes fonctions au sein de groupes industriels, notamment Peugeot. Commandeur de la Légion d'Honneur, Médaille de la Résistance, actuellement conseiller industriel, il est l'auteur de Pierre Brossolette, le Visionnaire de la Résistance (Prix Erwan Bergot, 1998).

  • Depuis plusieurs années, un débat s'est engagé sur la nature et la signification des mutations qui bouleversent le monde. Des mots comme mondialisation, globalisation, sont devenus des lieux communs ; d'autres, plus vieux, après avoir subi un apparent discrédit sous les coups de la pensée unique, comme Empire, impérialisme, capitalisme, refont leur apparition. Et, chez pratiquement tous les auteurs, s'est installée l'idée que ce sont les États-Unis, ascendants ou décadents, qui déterminent la structure profonde de ce système.
    Sami Naïr propose ici une analyse de ces mutations à partir d'une vision plus radicale : bien que jamais le pouvoir de l'Amérique n'ait été aussi grand, ce n'est pas cela qui définit l'originalité de notre monde, mais plutôt la formation à l'échelle planétaire d'un vaste empire marchand, avec sa dynamique propre. Celui-ci tend à conformer partout des systèmes politiques, culturels, sociaux, ainsi que des discours de légitimation de sa puissance pour assurer la seule transformation radicale dont il est porteur : l'extension illimitée du pouvoir de la marchandise sur les êtres.
    Construction européenne, formation des élites mondiales, tragédie d'un monde arabo-musulman, interminable conflit israélo-palestinien, désagrégation des sociétés du Sud... : autant de données à analyser dans le mouvement violent d'expansion de cet empire marchand universel. Celui-ci parviendra-t-il à soumettre la diversité des êtres et des cultures à la seule loi de l'équivalence marchande ? Ou bien assistera-t-on à la montée renouvelée des nations, de formes originales de souverainetés citoyennes, de solidarités des peuples ? Ce livre offre une lecture lucide de ce « nouveau » monde impérial, dessinant sa portée civilisationnelle mais aussi les terribles barbaries qu'il produit et qui le minent de l'intérieur.

  • A partir des bouleversements qui ont marqué l'année 1979 - la révolution de Khomeiny, la prise de la Grande Mosquée de La Mecque et l'invasion de l'Afghanistan - le mouvement islamiste a connu une formidable expansion dont l'auteur analyse les différentes étapes.
    Successivement encouragés et réprimés par les gouvernements arabes, les mouvements islamistes, qui se revendiquent du wahhabisme saoudien, profitent, dans les annés 90, du discrédit de certains régimes et tentent de prendre le pouvoir par les armes, notamment en Algérie et en Egypte. Victimes d'une répression massive, infiltrés par les services secrets et diabolisés aux yeux des populations à cause de leurs pratiques terroristes aveugles, les islamistes divisés perdent leur crédibilité et affermissent de ce fait les pouvoirs établis.
    /> Si la victoire des libéraux sur les conservateurs en Iran signe la faillite de la révolution khomeinyste, l' "internationale" islamiste des "Afghans arabes" menée par le saoudien Bin Laden et ses attaques contre l'Occident conduisent à s'intrroger sur l'avenir de ce courant.
    Cette mouvance, aujourd'hui défaite, peut renaître de ses cendres et incarner à nouveau le mécontentement populaire né de l'humiliation face à l'Etat d'Israël et de l'impuissance des pays arabes à relever le défi de la modernité.
    Ce document inédit dépeint aussi avec talent les protagonistes de ce conflit notamment le président algérien Bouteflika et le dissident saoudien Bin Laden.
    Antoine Basbous est directeur de l'Observatoire des Pays Arabes. Consultant de renommée internationale, spécialiste de l'Afrique du Nord, du Proche-Orient et du Golfe, où il séjourne régulièrement, il est conseiller auprès de grandes entreprises et de l'Union européenne. Il est coauteur en 1987, d'un ouvrage de référence, Guerres secrètes au Liban (Gallimard).

  • Qui connaît Louis-Jean Malvy ? Celui qui fut pour la gauche un nouveau Dreyfus, un martyr du républicanisme est aujourd'hui oublié.
    Etoile montante du parti radical, ministre de l'Intérieur de 1914 à 1917 et artisan de l'Union sacrée, Malvy s'est efforcé d'obtenir la paix sociale dans la France en guerre en négociant avec la CGT tout en contrôlant les pacifistes plutôt qu'en les arrêtant. En 1917, quand la crise du moral survient, la droite nationaliste le désigne comme bouc émissaire pour expliquer tout à la fois l'échec du chemin des Dames, les mutineries des poilus, les grèves ouvrières et le développement du pacifisme. La Ligue royaliste d'Action française s'acharne : violeur, cocaïnomane, espion, amant de Mata Hari... les accusations les plus folles sont lancées contre le ministre qui doit démissionner sous les coups d'un Clemenceau exploitant cyniquement cette crise politique pour parvenir au pouvoir. Traduit en Haute Cour de justice en 1918, Malvy est condamné à cinq ans de bannissement au terme d'un procès inique qui constitue, pour la droite, la revanche sur l'affaire Dreyfus.
    Dans un pays en guerre rassemblé derrière un chef pour qui la fin justifie les moyens, l'innocence et la justice ne pèsent pas lourd face à la raison d'Etat. A travers le récit de l'affaire Malvy, Jean-Yves Le Naour s'attaque au mythe de l'Union sacrée et montre comment s'opère le basculement à droite de la France en guerre.
    Jean-Yves Le Naour est historien, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Il a déjà publié, chez Hachette Littératures, Le Soldat inconnu vivant (2002), La Honte noire (2004), Le Corbeau (2005), La Famille doit voter (2005) et Claire Ferchaud, la Jeanne d'Arc de la Grande Guerre (2007).

  • Qu'est-ce que la République de Weimar? C'est d'abord l'Allemagne affaiblie, humiliée, qui sort de la Première Guerre mondiale. Après des soulèvements révolutionnaires systématiquement écrasés, la première démocratie parlementaire de l'histoire allemande est mise en place. Une démocratie qui a du mal à se maintenir et qui ne durera que quatorze ans. L'arrivée au pouvoir des nazis marque sa fin.Dans tous les domaines, cette brève période a connu des contradictions et des oppositions d'une extrême violence. Les mentalités anciennes, formées par le régime impérial, étaient peu disposées, en effet, à se plier aux idées nouvelles. Par ailleurs, les conflits ne pouvaient qu'être favorisés par les conditions matérielles dans lesquelles furent amenés à vivre la plupart des Allemands.
    L'originalité de la République de Weimar est d'avoir engendré, peut-être par le jeu des rivalités intenses qui s'y manifestaient, des expériences de toutes sortes, aussi bien dans les arts que dans la vie communautaire quotidienne. Le Bauhaus, par exemple, continuellement attaqué, n'en invente pas moins une architecture, des objets courants, des formes qui se sont imposés à notre environnement d'aujourd'hui.
    L'ambition de ce livre est de retracer l'atmosphère de cette époque, restée étonnamment moderne.Lionel Richard
    Professeur émérite de Littérature comparée, il collabore, depuis de nombreuses années, au Magazine Littéraire et au Monde Diplomatique, ainsi qu'à France culture. Il est l'auteur d'ouvrages sur l'expressionnisme allemand et sur l'Allemagne nazie, dont Le Nazisme et la culture (Complexe) et D'où vient Adolf Hitler? (Autrement).

  • « Ancien Interne des hôpitaux de Paris » : la mention est gravée à
    l'entrée du cabinet du médecin.
    Créé par Napoléon après la Révolution pour organiser les études de médecine, l'internat des hôpitaux de Paris, sorte de grande école prestigieuse, est associé à tous les progrès de la médecine. Pendant cent cinquante ans, de 1802 à 1952, jusqu'à la généralisation du temps plein hospitalier et à la création de la Sécurité sociale, les internes ont vécu et travaillé ensemble à l'hôpital autour de la fameuse salle de garde.
    La plupart des célébrités médicales du passé (Claude Bernard, Henri Mondor, Robert Debré) ou du présent (Jean Bernard, Etienne Beaulieu, René Frydman), ainsi que le prix Nobel de médecine français (Jean Dausset) sont d'anciens internes des hôpitaux de Paris.
    Dans ce livre riche en anecdotes pittoresques, Bénédicte Vergez-
    Chaignon décrit le concours de recrutement, régulièrement marqué par des scandales, et retrace la vie quotidienne des internes durant leurs années d'apprentissage. Dans la salle de garde, le carabin veille et organise chahuts et canulars, il participe aussi aux heures chaudes de la vie parisienne : révolutions, guerres civiles, avènement de la République...
    Familier de la mort qu'il combat pour soigner ses malades, l'interne affiche une soif de vie et un non-conformisme, autant de marques de distinction qui font de lui une figure singulière de la société.

  • Pendant quinze ans à la tête du syndicat MG France le Dr Richard Bouton a affronté les plus puissants lobbies et secoué la timidité - ou pire, l'indifférence - des politiques, défendant ses confrères généralistes et une certaine idée de la Sécurité sociale.
    Car derrière ses progrès spectaculaires et ses apparences distinguées, le monde de la santé est un univers trouble : l'omniprésence des firmes pharmaceutiques et le pouvoir de la « caste » médicale ont dressé un bastion face auquel tous les gouvernements semblent impuissants. Ceux qui ont voulu l'affronter s'y sont brisés ; les autres ont préféré renoncer, quand ils n'en ont pas été complices, au détriment, notamment, de la Sécurité sociale.
    Dans le même temps, des besoins sanitaires élémentaires ne sont pas satisfaits ; bientôt on ne trouvera plus de médecins pour exercer dans les campagnes ou dans les banlieues difficiles. Les généralistes, parents pauvres d'un système devenu fou où le profit semble être la seule règle, n'en peuvent plus. Ils l'ont clamé haut et fort dans nos rues à l'automne 2002.
    Pour la première fois, un médecin et syndicaliste d'envergure lève le voile sur les moeurs et les pratiques d'un secteur de la santé qui apparaît pour le moins malsain. D'anecdotes tirées de son expérience sur le terrain en portraits au vitriol (Simone Veil ou Martine Aubry), Richard Bouton dresse le tableau d'un milieu médical en crise et d'une Sécurité sociale moribonde. Il pose aussi la question : d'où vient le mal et comment y remédier ?
    Médecin généraliste, Richard Bouton est le président fondateur de MG France.

  • Cocteau a fumé de l'opium de la mort de Raymond Radiguet en janvier 1924 jusqu'à la cure « définitive » ordonnée par Jean Marais en décembre 1940. Seize années de souffrances et d'ivresses, de lunes de miel et de lunes de fiel, de déclarations d'amour et de menaces de divorce. Seize années de labeur fécond, d'Opéra aux Enfants Terribles, d'Orphée au Sang d'un poète. La drogue n'est pas, chez Cocteau, une chose secrète, cachée, honteuse ; elle fait l'objet d'un livre en 1930 - Opium, journal d'une désintoxication - et répand sa fumée par tous les interstices de l'oeuvre.
    Un livre sur Cocteau et l'opium ? Les objections ne manqueront pas, et de tous ordres. Les plus idolâtres s'affligeront d'une possible atteinte à la mémoire de l'homme, à celle du grand poète consacré par l'Académie et les manuels scolaires, dont il peut sembler indélicat de rappeler aujourd'hui qu'il fut aussi un grand drogué. D'autres souligneront, avec les mêmes conclusions, que Cocteau s'est suffisamment exprimé pour qu'il ne soit pas nécessaire de rouvrir ce dossier.
    Le risque de malentendu est d'autant plus réel que la figure du drogué subit, au cours du XXe siècle, une altération : autrefois tolérés et même reçus dans les meilleures maisons, les drogués ont rejoint les malades et des délinquants. Aussi Cocteau opiomane pourrait-il bien être sommé, par une société qui n'assume pas ses rapports changeants aux drogues, de rester caché quelque temps encore.

  • Chaque année, en février, Rome sacrifie des animaux à Terminus pour le remercier de surveiller ses bornes. Le dieu protège le territoire acquis, mesuré par ses arpenteurs. Les siècles passant, ceux-ci ont achevé de quadriller le monde ; il n'y a plus de terre à conquérir, d'ailleurs l'ONU l'interdit. La fin de la conquête nous laisse devant un nouvel inconnu : habitués à nous projeter toujours plus loin, l'esprit et la botte conquérants, nous ne parvenons pas à concevoir une intendance commune, une « politique intérieure mondiale », comme si l'absence de nouvelles terres à prendre avait asséché nos ressources d'imagination.
    Les frontières ne sont pour rien dans nos difficultés, elles sont le prétexte de nos querelles, non la cause. L'auteur défend leur innocence et raconte celles qu'elle connaît, les siennes, le long de son itinéraire personnel qui part d'un ruisseau franco-suisse pour s'en aller aux confins de l'Afrique et de la Chine. Parcourant ces cicatrices du monde, elle affirme qu'elles ne valent pas de nouveaux sacrifices : elle congédie Terminus.

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