Pierre Charmoz

  • Un classique de la littérature de montagne toujours d'actualité!
    Les Népalais viennent faire l'ascension du célèbre sommet parisien. Ils embauchent des smicards (porteurs) et des Géhachems (guides locaux). Accidents de la circulation, chutes dans des bouches de métro, noyades... Rien n'entrave la marche vers la conquête d'un sommet bien inutile.






  • Extrait
    Jonathan souffre le martyre, ce qui, pour un vampire, ne manquerait pas de sel si ce n’était le sucre le responsable de son malheur. Ce XXIe siècle ne lui convient décidément pas : après l’échec de l’expédition au Yosemite, le retour sans fanfare à Manhattan avec sa chère mais parfois encombrante Ninnah, Jonathan a décidé de prendre quelques semaines de repos à Paris, la Ville « Lumière » – il en préfère les nuits, cela va sans dire. Ce n’est pas sans nostalgie qu’il y revient, après la déroute de l’opération « Empire de la Canine » de 1853 – et son amour déçu pour Anaïs Léveillé, la blonde (et si musclée, et si délicieusement poilue) chasseresse de V., qui a hélas ! rejoint le royaume des ombres depuis plus d’un siècle... Mais, foin de nostalgie, il est là pour s’amuser et oublier ses récents tracas.
    C’est le printemps, les filles sont désirables et si peu habillées ! Il lui suffit d’un regard immortel pour séduire à tout va : un clin d’œil assassin, puisqu’il en laisse plus d’une sur le carreau, exsangue. Au point que la police commence à être sur les dents, un peu trop à son goût.
    Il décide de faire du tourisme, d’étendre son champ d’action. Dans le métro, une affiche vante les charmes de l’Anjou, où l’on vient d’inaugurer Terra Botanica, un parc de loisirs sur le végétal. « À quand Terra Draculetta ? », se dit-il, haussant ses épaules de catcheur sous sa cape noire, et lissant d’une main distraite sa chevelure de jais calamistrée, toute d’artifice comme le lecteur ne l’ignore point. « Franchement n’importe quoi ! Qui va emmener sa petite famille passer une journée au milieu des bégonias et des nains de jardin ? » Mais le mot « famille » le fait saliver : il est si facile de s’égarer dans les labyrinthes aux noms ronflants : « le végétal convoité », « le végétal apprivoisé »… Convoité ? Plutôt de tendres gorges pleines d’une sève autrement roborative que le jus de tomate servi à la buvette new look !

  • Zeb

    Pierre Charmoz




    Extrait
    Zeb patinait dans la neige depuis bientôt deux heures.
    – On se gèle le cul, marmonna-t-elle.
    Pour elle seule, évidemment. Qui viendrait se perdre sur cette route de montagne en plein hiver. Il fallait être super-zebête pour accepter un plan aussi foireux : un stage d’écriture-ski de rando en pleine nature, les neurones gonflés à l’ozone et le clavier au bout des bâtons, comme disait la pub parue dans Marie-Cairn.
    Et bien sûr, la panne, comme dans les pires romans d’horreur – les frilleurs comme ils disent en Amérique. Il manquait plus que de voir débouler un loup déjanté, la tronçonneuse et les babines en avant. Elle avait essayé d’appeler le chalet, SOS Zeb en perdition. Évidemment, pas de réseau dans ce coin perdu des Hautes-Alpes.
    Donc, pas d’autre solution : baluchon sur l’épaule et mocassins aux pieds dans trente centimètres de neige fraîche, la Zebette courageuse remontait la route vers d’hypothétiques « refuges chaleureux et conviviaux » (dixit la pub).
    Pas la moindre loupiote conviviale ni le plus discret flonflon dans un rayon de trois kilomètres… Et les bouts des pieds sûrement gelés. Quant à ses jolis doigts, elle les sentait durs comme des parpaings. Zeb se moucha, espérant que ç’allait éclaircir le paysage et, ô miracle de la technologie, le brouillard se déchira aussi sec, révélant les murs plutôt moches d’une masure peu accueillante.
    – Ben ça, leur publicité, c’est que du mensonger, chez Marie-Cairn.
    Zeb, prenant son courage à deux mains (avec les doigts gelés, ce n’est pas si évident), toqua à l’huis. Un raclement de chaise l’avertit que l’home était sweeté. La porte grinça et une rude bobine s’y encadra:
    – C’est pour quoi?
    – Je suis la mère Noël, et mon traîneau est tombé en panne à quelques kilomètres. J’ai les extrémités un tantinet bleuies et le portable désactivé. Pourriez-vous me sauver la vie?
    N’écoutant que son bon cœur, le rude montagnard pas trop bien rasé fit pénétrer la jeunette dans ce qui ressemblait à une porcherie revue et corrigée par Jean Nouvel.
    – Ben ça alors, s’exclama la Zeb, hébébée. Les toiles d’araignée sont d’origine?
    Les lieux ne correspondaient pas à la docu fournie par l’orga­nisateur, L’Alphabulateur.
    – Oh! excusez-moi, j’ai dû me tromper d’adresse: c’est pas ici, le stage bâton de ski-crayon? couina-t-elle comme une souris qui s’est coincé la moustache dans l’encrier.

  • 4 bonnes raisons de consulter La montagne cent dangers
    1. Ce livre s'adresse à tous les passionnés de montagne: randonneurs d'été, alpinistes, grimpeurs, pratiquants de la randonnée à skis ou à raquettes...
    2. Ce livre fourmille de conseils pratiques: bien choisir son matériel, s'orienter sans boussole, construire un abri à neige, réussir un noeud autobloquant, réduire le poids du sac à dos...
    3. Ce livre présente de nombreuses situations à risques, aussi bien pour les pratiques «douces» que pour les situations spécifiques de la haute montagne, de la rando d'hiver ou de l'escalade - et des conseils adaptés à ces situations.
    4. Ce livre vous donne envie d'aller plus loin dans l'approche de la montagne: la faune, la flore, la cartographie... Il propose aussi les portraits de quelques alpinistes exceptionnels: Bonatti, Messner, Whymper...

  • Ces contes pour petits et grands ont été écrits en juillet 1990, au refuge de Ricou, à 2.100 m d'altitude, lors d'un séjour dans la haute vallée de la Clarée (Briançonnais).
    Il est possible, l'altitude aidant, que l'auteur ait pris quelque liberté avec les conventions littéraires et les classifications botaniques ou zoologiques qui ont cours en ce bas monde. Selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des lieux imaginaires ou des personnes n'ayant jamais existé...




  • Table des matières
    En guise de marche d’approche…
    Première ascension népalaise de la tour Eiffel
    L’Indicateur Bertrand
    L’Abominable
    Première ascension de Dieu par la face nord
    Notes d’exploration dans les monts du Lieu commun
    Dialogue au bout du fil
    Aubergenville 2000
    Pierre Charmoz




  • Extrait
    Avant-propos
    Les événements relatés dans ce roman entretiennent avec la réalité un rapport d’authenticité variable. Les écrivains américains nous ont habitués à une vision du monde faussée, mais parfois réjouissante. Prenons un exemple : Dan Brown, dans Anges et Démons, promène ses personnages de bazar dans une Suisse de tablettes de chocolat (des collines piquetées d’edelweiss !) ; une Rome transformée en Aqualand, où l’on plonge dans les fontaines comme dans des piscines en eau profonde ; un CERN version business, qui produit de l’antimatière à gogo, avec un « tas » d’accélérateurs de particules. Ces invraisemblances, fruit d’une documentation défaillante et d’un talent médiocre, ne semblent pas gêner le lectorat anglosaxon ni – ce qui peut sembler plus surprenant – européen.
    Son éditeur français, à qui il aurait été facile de rectifier ces énormités, les a soigneusement conservées ainsi qu’un nombre respectable de coquilles. Ce précédent m’autorise à camper mes personnages dans des lieux que je n’ai jamais visités, avec une documentation fragmentaire, mais un enthousiasme irréprochable. Aussi, lecteur, je te serais reconnaissant de bien vouloir considérer comme rigoureuses les situations décrites et authentiques les événements relatés, puisque j’ai tout inventé.
    L’irruption de Studio Lou Petitou dans ce roman m’amène à préciser mon propos : il semble qu’une autre histoire se soit 8 Le Vampire de Wall Street greffée sur la mienne, y développant de curieuses correspondances – ainsi qu’un rapport certain avec un autre roman – Les Canines dans le pâté, de Patrick Boman1 –, dont un personnage s’est échappé pour gambader dans mon texte.
    Pierre Charmoz




  • Extrait
    Pietro Mozschar, aux origines controversées (ruthène, hongrois, piémontais, angevin ?), fut un éditeur éminemment mobile que son itinéraire, parfois à son corps défendant, mènera de Leipzig à Champ-Cella, en 1886 (peut-être dans le département français des Hautes-Alpes, sans doute en réalité à Kellerfeld, près de Brünn [aujourd’hui Brno, en République tchèque], et cela en dépit du caractère résolument non montagneux de la Moravie). L’année 1891 verra Pietro Mozschar à Laibach (aujourd’hui Ljubljana), alors capitale de la paisible et rurale province de Carniole, et en 1892 et 1893 il sera à Buda-Pest, pour revenir à Laibach entre 1894 et 1897, avec un intermède roumain très mal connu entre 1897 et 1899 (l’éditeur s’emploiera à brouiller les pistes pour ces années roumaines ; on lui attribue alors une liaison secrète avec une princesse, passablement âgée et très corpulente, mais ardente (se nourrissant quasi exclusivement de piments rouges fourrés à la feta) et qui se piquait de littérature. Cf. infra, au Rhib, Courtecuisse, Spiridon, Lubricité...). De 1900 à 1904 il s’établira à Venise (on peut considérer que pour cette période notre Catalogue lacunaire devient un Catalogue lagunaire), louant à des moines arméniens un palazzo décrépit du quartier de Dorsoduro, au rez-de-chaussée régulièrement inondé, qu’il sous-louera en partie à des comitadjis macédoniens qui y grattaient le salpêtre des murs afin de fabriquer des bombes, lesquels sous-louèrent eux-mêmes à des « artistes de cabaret » montmartroises qui y installèrent un lupanar (où les moines bailleurs avaient leurs entrées, dans le cadre d’une formule d’abonnement particulièrement avantageuse) ; ensuite, de 1905 à 1913, Mozschar installera ses presses à Trieste, encore autrichienne, donc dans son âge d’or ; enfin, à la veille de la guerre absurde et criminelle qui décima le Vieux Continent, son instinct de survie le mènera sur les rives du lac Léman, à Montreux (avec un détour en 1921 par Nyon, où d’ailleurs il ne publie aucun titre), où, faisant preuve d’une louable longévité, il semble avoir exercé jusque vers la fin des années 1930, bien que les autorités helvétiques aient voulu à plusieurs reprises l’expulser « pour « anarchisme », bolchevisme et immoralité ».
    Après le second conflit mondial, Champ-Cella / Kellerfeld et plus particulièrement l’abri d’observation du Dr Lorindo étant devenus « lieu de mémoire », les Nouvelles Éditions Mozschar, tombées en des mains mercenaires, y publieront, sous les auspices de la Fondation lorindacienne, les collections « Institut d’études lorindaciennes » et « Institut d’études fornaximuriennes », intriguant en vain, dans le cas de cette dernière collection, vite installée dans le village de La Pierre-Velue, pour obtenir des subventions auprès de la légation mandchoue.




  • Extrait
    Avertissement
    Les pages qui suivent ont été élaborées avec le plus grand soin par les auteurs, soucieux de vraisemblance à défaut de véracité.
    Les événements relatés s’inscrivent dans un contexte historique scrupuleusement restitué, celui du début du second Empire. S’il se révélait quelques distorsions temporelles, elles ne sauraient être que le fruit de cette malencontreuse habitude qu’ont les événements à ne pas toujours se conformer à leur restitution par les chroniqueurs du temps – et, ensuite, par les historiens patentés.
    Néanmoins, nous assumons volontiers deux anachronismes :
    – le photographe Édouard-Isidore Buguet, mentionné par sa seule initiale B., ne sera connu qu’un quart de siècle plus tard pour ses photos médiumniques ;
    – le zouave Jacob, magnifiquement campé par André Gill à la une d’un numéro de La Lune, ne commencera à dispenser ses bienfaits à l’humanité souffrante qu’en 1866.
    Sinon, les personnages présents dans ce roman ont tous existé : de l’impératrice Eugénie à Ernest Renan, en passant par François Vidocq ou Prosper Enfantin – à l’exception notable de ceux que nous avons inventés ou empruntés.

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