Buchet Chastel

  • ANNA SOMMER aime les comédies et les drames que l'on se joue, et puis les moments furtifs, ces mille petites choses qui se produisent dans la vie privée.
    Elle s'en amuse. Elle s'en effraie parfois. Et elle dissèque tout, hommes, femmes, enfants, animaux. Elle ne se contente pas de les surprendre dans leurs flagrants délits : elle les grave dans le métal, d'une pointe sèche vigoureuse qui jamais n'hésite. Elle a commencé à graver un jour, comme ça, pour voir, pour s'essayer à cet art réputé exigeant ; puis au fil du temps s'est dessiné un étonnant tableau du monde, dans lequel l'humour et l'élégance le disputent à la cruauté - une cruauté légère, presque réjouissante.
    Et si ce tableau paraît fidèle, c'est qu'il s'inspire moins de l'apparence tapageuse des choses que de leur murmure, comme dans un cahier intime.


  • les dessins d'hervé di rosa sont drôles et il aimerait qu'on les prenne au sérieux.
    certains d'entre eux sont sérieux mais il demande qu'on s'en amuse. hervé di rosa aime bien les paradoxes, les pieds de nez, les volte-face, les surprises. on le connaît comme peintre, sculpteur, agitateur ; maintenant il voudrait qu'on se penche sur ses dessins religieusement regroupés dans de grands cahiers en cuir rouge. un jour, un dessin ; un dessin par jour, mais ce n'est pas un journal : c'est une idée, une fleur, un bout de papier collé, une phrase, une image trouvée dans une bd populaire.
    ce ne sont pas des cahiers de voyageur, même si hervé di rosa voyage tout le temps, au mexique, en floride, en afrique, en asie, et même à sète, son village natal. ce ne sont pas non plus des cahiers intimes : ce sont des fourre-tout, et le meilleur dans un fourre-tout, c'est de goûter à tout et de se régaler.

  • Par sa situation géographique et historique, la Suisse romande a joué un rôle considérable dans l'impression d'estampes tout au long du XXe siècle, et notamment l'édition de livres illustrés. Ces ouvrages, souvent confidentiels, constituent un témoignage exceptionnel de la richesse culturelle de ce pays, par leur diversité, leur qualité de fabrication et d'innovation. Outre les auteurs et les artistes venus de pays voisins et de sensibilités contrastées, les éditeurs et les ateliers d'estampes ont joué un rôle prépondérant. Leur prodigalité justifie amplement de se limiter à cette région et à ce siècle, dont ils sont d'ailleurs un miroir exceptionnel. Nous découvrons des livres rares illustrés par Picasso, Braque, Picabia, Matisse, Cocteau, Jean Arp, Sonia Delaunay, et de nombreux artistes suisses et étrangers.

  • Nous avons tous, homme ou femme, eu honte un jour. Quelque chose qui devait rester secret, caché, tabou, a été révélé, exposé, constaté par d'autres. Auparavant, nous en faisions notre affaire, avec plus ou moins de complaisance et, soudain, il faut en répondre devant autrui. Nous
    sommes seuls, en pleine lumière, au vu de tous et ce regard est insupportable. Nous avons passé une limite : celle de l'image sociale que nous souhaitons projeter. C'est un moment de nudité et de grande solitude. C'est un moment douloureux - dont l'intensité parfois persiste longtemps dans la vie.
    Le corps, le sexe, la violence physique sont souvent au coeur de la honte, parce qu'il y est question de pudeur. Le corps réagit, le sang monte au visage, au front, la chaleur nous oppresse. Ainsi, au cours de notre histoire personnelle, se créent des jalons qui indiquent la limite de notre zone de
    confort social. Ce sont des limites claires, taillées au scalpel.
    Dix nouvelles composent ce recueil d'histoires vraies et mettent en scène des personnages qui évoquent la plus grande honte de leur vie. Charles Gancel, dont on a déjà savouré l'ironie cruelle (Les oeufs, 2004), est dans son élément. Chaque histoire est habilement menée, et le dénouement, chaque fois, tombe comme un couperet.

  • Ne s'agissant ni de dessins de presse, ni d'articles de journaux, cette série écrite et dessinée est publiée fin des années 90 dans Charlie Hebdo et constitue une aventure graphique exceptionnelle sans équivalent dans l'histoire du dessin. Gébé s'y révèle dans toute sa maturité, mêlant la prouesse calligraphique, l'humour, la poésie, le sens critique sur des évènements d'actualité, parfois des voyages (en Israël et en Palestine notamment). La sensibilité de Gébé affleure tout au long de la série que le livre réunira intégralement. Il s'agira d'un album de grand format d'environ 56 pages. Cette oeuvre trouve sa place dans les Cahiers dessinés qui poursuivent la mise en lumière de la relation entre l'écriture et le dessin.

    Gébé, né en 1929, nous a quittés le 5 avril 2004. Il laisse derrière lui une oeuvre dessinée absolument immense ! Dessinateur infatigable, écrivain, scénariste de film dont l'An 01 avec Jacques Doillon, Jean Rouch et Alain Resnais, Parolier (pour Yves Montant et Juliette Gréco), il fut le rédacteur en chef de Hara-Kiri puis de Charlie-Hebdo. En 1986, il devient aussi le rédacteur en chef de Zéro.

  • De nombreux peintres et dessinateurs ont fait oeuvre d'écrivain ou de théoricien : Michel-Ange, Van Gogh, Gauguin, Kandinsky, Malevitch, Mondrian, Rothko, Beuys, Jorn. Pourquoi, à leur tour, les écrivains ne dessineraient-ils pas ? On connaît les dessins de Goethe et de Victor Hugo ; a-t-on vu ceux de Barthes, d'Althusser, de Malraux ou d'Hervé Guibert ? Ils ont peut-être griffonné sans autre ambition que le plaisir ou la distraction. Chaque écrivain a ses caprices, ses démons. Le dessin peut leur obéir, même s'il n'est qu'une note au bas d'un manuscrit - chez Stendhal, par exemple. Mais il peut aussi occuper toute la page, et trouver un cadre pour s'accrocher sur un mur d'exposition ou chez un particulier. Les liens entre écriture et peinture, texte et dessin, sont une problématique connue. Jamais, toutefois, on n'aura réuni en un seul volume une telle diversité, de George Sand à Bernard Heidsieck, du romantisme à la poésie sonore en passant par les surréalistes, le nouveau roman ou la beat generation. L'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) accueille dans ses archives de nombreux manuscrits où l'image surgit par hasard dans le texte. En associant ce fonds à deux collections privées, ce livre réunit un ensemble d'" oeuvres " résistant à toute classification, un parcours dans l'effort graphique de quelques grands noms de la littérature. Cent cinq auteurs, près de trois cents reproductions : ce sont autant d'invitations à découvrir ces curiosités et à réfléchir aux rapprochements ou aux contradictions qui unissent malgré tout ces deux arts. Au fil des pages, grâce à un classement chronologique et des notices pour chaque auteur, on découvre un lien entre les styles, les techniques utilisées, les périodes traversées. Différents textes précisent le rapport entre cet ouvrage et l'exposition itinérante qu'il accompagne - à l'IMEC (abbaye d'Ardenne, Caen), à Lisbonne, puis à Ixelles. Dès leurs débuts, en 2002, les Cahiers dessinés se sont efforcés de réfléchir sur cette relation entre l'écriture et le dessin, en publiant notamment Copi, Gébé, Pierre Fournier, Roland Topor, Raymond Queneau, Friedrich Dürrenmatt, Edvard Munch, Alberto Giacometti, Jean-Michel Jaquet, Pascal, Christian Dotremont, Pierre Alechinsky. Ce livre s'inscrit tout naturellement dans ce propos.

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