Littérature générale

  • Nous avons tous, homme ou femme, eu honte un jour. Quelque chose qui devait rester secret, caché, tabou, a été révélé, exposé, constaté par d'autres. Auparavant, nous en faisions notre affaire, avec plus ou moins de complaisance et, soudain, il faut en répondre devant autrui. Nous
    sommes seuls, en pleine lumière, au vu de tous et ce regard est insupportable. Nous avons passé une limite : celle de l'image sociale que nous souhaitons projeter. C'est un moment de nudité et de grande solitude. C'est un moment douloureux - dont l'intensité parfois persiste longtemps dans la vie.
    Le corps, le sexe, la violence physique sont souvent au coeur de la honte, parce qu'il y est question de pudeur. Le corps réagit, le sang monte au visage, au front, la chaleur nous oppresse. Ainsi, au cours de notre histoire personnelle, se créent des jalons qui indiquent la limite de notre zone de
    confort social. Ce sont des limites claires, taillées au scalpel.
    Dix nouvelles composent ce recueil d'histoires vraies et mettent en scène des personnages qui évoquent la plus grande honte de leur vie. Charles Gancel, dont on a déjà savouré l'ironie cruelle (Les oeufs, 2004), est dans son élément. Chaque histoire est habilement menée, et le dénouement, chaque fois, tombe comme un couperet.

  • Roland Topor naît en 1938, à Paris, de parents émigrés polonais. Sa vie commence dans les prémices d'une guerre qui saignera bientôt le monde et qui le marquera à jamais. Très tôt, il manifeste une liberté d'esprit étonnante. Voulant être artiste, il s'inscrit aux Beaux-Arts et publie pour la première fois des dessins et des contes dans les revues Bizarre, Arts, Le Rire, Fiction... C'est le début d'un travail considérable réalisé (jusqu'à sa mort en 1997) par l'un des derniers grands touche-à-tout. Topor est fascinant parce qu'il est peintre, dessinateur, écrivain, homme de théâtre et de télévision... En France, le fait qu'il vienne du dessin d'humour et de l'illustration - de 1961 à 1965, Topor collabore à la revue Hara-Kiri, et fonde le groupe Panique avec Arrabal, Jodorowsky et Sternberg - est encore un sujet de malentendu. Il ne figure ni dans les grandes expositions des grands musées ni dans les collections publiques. Il est pourtant l'un des plus impressionnants dessinateurs de notre époque. Sa puissance d'invention brouille la perception qu'a de lui le monde de l'art. Homme-orchestre, la liste de ses activités semble infinie. Et pourtant son oeuvre reste cohérente et tourne autour de quelques thèmes majeurs. Sa morale ? Ne jamais être correct. Humaniste pessimiste, il joue sur le grotesque et le burlesque. Et si, pour lui ; les matières fécales, le sang, le sexe, la viande, comptent beaucoup, c'est parce qu'ils désignent avant tout l'être humain. Dix ans après sa mort, Frantz Vaillant mène l'enquête et compose la première biographie de cet " acrobate de l'imaginaire " - dont l'obsession majeure reste la mort qui l'emplissait d'effroi, et autour de laquelle il n'a cessé de tourner avec drôlerie en une magnifique danse macabre.

  • L'assassinat

    Christophe Dufosse

    Journée d'inauguration d'une fête agricole. L'assassin du Président attend. Il est seul. Il porte, caché dans les replis de sa veste, un revolver. Il est quinze heures. Il a une heure devant lui. Un compte à rebours silencieux commence.
    Cet homme n'a pas de nom. Pour lui, le bien consiste à supprimer ce qu'il considère comme le mal absolu, à savoir le Président, qui a assis son pouvoir sur la séduction démagogique des masses et de quelques intellectuels égarés. Ce héros moderne a le visage de la classe moyenne bafouée. Il ne possède ni colonne de journal, ni plateau de télévision, ni émission de radio pour s'exprimer. Depuis l'élection du Président, l'argent est à la une de tous les medias et brille par son arrogance. Comme tout le monde, cet homme est condamné à écouter. De cela aussi, il est dégoûté.
    Ce texte court, rapide, percutant, raconte la manière dont un homme humilié se réapproprie sa vie par un acte sans retour.
    Cet homme rappelle singulièrement L'Etranger de Camus. Ou les personnages fascinants des romans de Dostoïevski.

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