Le Tripode

  • « Le vent de ses yeux m'emporte vers lui, et même si mon corps immobile résiste, ma main se retourne pour rencontrer sa paume. Dans le cercle de lumière la vie de ma main se perd dans la sienne et je ferme les yeux. Il me soulève de terre, et dans des gestes connus l'enchantement de mes sens ressuscite, réveillant à la joie mes nerfs et mes veines. Je ne m'étais pas trompée, la Mort me surveille à distance, mais juste pour me mettre à l'épreuve. Il faut que j'accepte le danger, si seul ce danger a le pouvoir de rendre vie à mes sens, mais avec calme, sans tremblements d'enfance. » L'Art de la joie est principalement le roman d'une vie, celle de Modesta, personnage magnifique né le 1er janvier 1900 sur les pentes de l'Etna, en Sicile. Du chaos misérable de son enfance aux hasards de la vie qui feront d'elle l'héritière insoumise d'une famille dégénérée de nobles siciliens, c'est en fait à un apprentissage de la liberté que cette oeuvre nous invite.

  • L'ancêtre

    Juan José Saer

    Peu de livres donnent au lecteur l'impression, dès les premières pages, d'être confronté à un chef d'oeuvre absolu. L'Ancêtre, de Juan José Saer, appartient à cette catégorie.

    « De ces rivages vides il m'est surtout resté l'abondance de ciel. Plus d'une fois je me suis senti infime sous ce bleu dilaté : nous étions, sur la plage jaune, comme des fourmis au centre d'un désert. Et si, maintenant que je suis un vieil homme, je passe mes jours dans les villes, c'est que la vie y est horizontale, que les villes cachent le ciel. » Le roman est inspiré d'une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l'Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l'accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n'est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l'occasion d'une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage. Arrivé à la fin de sa vie, le mousse se souvient comment, soixante ans plus tôt, il a été amené pendant toutes ces années à partager l'existence d'une tribu d'hommes anthropophages au point de bouleverser sa vision du monde...

    La première édition de ce livre a été menée par Flammarion en 1987. Cette nouvelle édition est postfacée par Alberto Manguel. La traduction, de Laure Bataillon a reçu en 1988 le prix de la meilleur traduction décernée par la Maison des Écrivains et des Traducteurs (MEET). Après la mort de la traductrice, il fut décidé que le prix porterait dorénavant son nom.

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  • J'avais un rendez-vous

    Hugo Pratt

    J'avais un rendez-vous est l'ultime livre d'Hugo Pratt, un ensemble de textes et de dessins qui racontent son dernier voyage dans le Pacifique, en 1992.

    Ce voyage fut pour lui l'occasion de replonger dans ses racines et les sources de son imaginaire. D'île en île, le créateur de Corto Maltese nous entraîne dans ses rêves et ses souvenirs, au-devant de rendez-vous qu'il s'est donnés, sur les pas de ses modèles, qu'ils soient passés ou présents, héros de papier ou figures historiques.

    Ce livre, fondamental dans la bibliographie d'Hugo Pratt, bénéficie pour cette nouvelle édition d'une postface de Patrizia Zanotti et d'une chronologie d'Hugo Pratt inédites.

  • La grande panne

    Hadrien Klent

    Accident ou attentat ? Une explosion dans une mine graphite italienne provoque l'apparition d'un immense nuage qui menace de s'enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l'Italie. Le nuage se déplace vers la France, qui décide à son tour de procéder à un black-out. Le gouvernement prépare la population au désastre à venir et organise l'installation d'un QG de crise sur l'Île de Sein. Cette île bretonne a été choisie à cause de son autonomie en production électrique mais aussi pour ce qu'elle incarne (les marins de Sein y avaient rejoint le Général de Gaulle durant la guerre, devenant un des premiers symboles de la Résistance). Le but de l'exécutif est simple : convaincre la population que la situation reste sous contrôle.
    Hadrien Klent mêle avec un plaisir évident les histoires d'amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux surveillances policières. La Grande panne nous offre le portrait d'une humanité un peu paumée qui l'emporte sur la violence officielle du monde.

  • Le fils du roi

    Stanislas Moussé

    Longue vie racontait la vie d'un homme qui, de modeste berger, devient un roi puissant. Cette véritable « saga », au sens littéral, s'achevait sur la mort du roi et l'héritage qu'il laissait à sa descendance, après une vie de péripéties et de batailles.

    Stanislas Moussé décide, dans ce deuxième opus, de nous raconter l'histoire de cette descendance, du fils du roi. Avec lui, c'est tout à la fois un nouvel héros qui se révèle, un nouveau destin qui se joue et le trait, le style, de Stanislas Moussé qui s'affirme, se renforce, frappe l'oeil.

  • Longue vie

    Stanislas Moussé

    Il était une fois un monde pacifique, où les hommes vivaient en harmonie avec la nature et les bêtes. Un beau jour, une armada d'êtres mi-hommes mi-bêtes débarque, pillant tout sur son passage. Un berger, dont la famille a été massacrée, réclame vengeance. C'est pour lui le début d'un long périple où l'attendent des ennemis toujours plus monstrueux et des périls toujours plus effroyables...

    Dans Longue vie se déploie un style foisonnant qui peut se rapprocher de celui de Sophie Guerrive ou de Christophe Hittinger. Longue vie : oeuvre atypique, composée de dessins réalisés au rotring. Singulière, précise, chaotique, chaque page est une géographie où voyage le regard du lecteur.

  • Le meilleur d'Edward Gorey en un seul livre ! Six albums majeurs du maître de Tim Burton, dont le cultissime Les Enfants fichus.

    Edward Gorey (1925-2000) fut sans doute l'écrivain-dessinateur le plus original du siècle dernier. Du début des années 1950 jusqu'à la fin des années 1990, sous son nom ou sous des pseudonymes transparents (Ogdred Weary, Eduard Blutig, D. Awdrey-Gore, Edward Pig, Madame Groeda Weyrd...), il a conçu une centaine de recueils inhabituels mêlant textes et images. De The Unstrung Harp (1953) à The Headless Bust (1999), ces oeuvres se composent d'une myriade d'histoires aux titres étranges, aux dessins minutieux, aux phrases elliptiques, où se mêlent les ingrédients les plus improbables : la somptuosité du gothique et la rigueur de l'absurde, le mystère des romans policiers et la poésie des haikus, l'élégance des intérieurs victoriens et la simplicité du clair-obscur, l'esprit du surréalisme et le goût du fantastique, les destins tragiques et les vies légères, les chiens philosophes et les urnes métaphysiques, les chats cabots et les danseuses de ballets mélancoliques, les abécédaires et les secrets, les monstres sympathiques et les enfants perdus...

  • Le bruit des mots

    Germain Huby

    Germain Huby est un artiste attentif aux autres. Il cherche à travers les mots à comprendre notre monde, le bruit du vivant. Depuis des années, il écoute ce qui se passe autour de lui, note des pensées et des bouts de dialogues captés au hasard des lieux où il se trouve. À travers des situations très concrètes, qu'il condense à chaque fois en une seule image (le départ à la retraite d'un professeur, une réunion de travail, la promenade d'un chien, l'intimité d'un couple, le dialogue d'un père avec sa fille), c'est à l'absurdité de la condition humaine qu'il nous confronte. De situations cocasses en dialogues surréalistes, de scènes de vie banales en intimités dévoilées, c'est un peu notre vie à tous qu'il nous offre en sourire.

  • Vie ? Ou théâtre ? constitue un cas unique dans le champ de la création du XXe siècle. Il s'agit de la seule ouvre de son auteur, Charlotte Salomon, jeune Allemande juive née en 1916 et assassinée à Auschwitz en 1942. Réfugiée en 1939 dans la région de Nice, elle assiste au suicide de sa grand-mère, qui se défenestre sous ses yeux. Elle découvre alors qu'elle est issue d'une lignée maternelle marquée par les suicides depuis plusieurs générations. Confrontée par ses origines à la double menace du nazisme et d'une tragédie familiale, Charlotte Salomon choisit d'y répondre en créant, entre 1940 et 1942, un roman graphique composé de 781 planches et de plusieurs centaines de calques. L'ensemble - mêlant gouaches, textes et annotations musicales - remet en scène l'histoire de sa famille depuis la Première Guerre mondiale jusqu'à 1940.

    La force graphique de l'ensemble est frappante, d'autant plus qu'elle n'a été composée qu'à partir des trois couleurs primaires. On retrouve dans certaines gouaches l'influence de George Grosz ou de Modigliani, tandis que d'autres sont des préfigurations troublantes de formes les plus contemporaines du roman graphique. Le projet narratif - où tout se nourrit de son expérience mais se retrouve transmuté - est tout aussi sidérant par sa complexité. À la lecture, Vie ? Ou théâtre ? se présente tout à la fois comme un document historique de premier ordre, une réflexion poussée sur la création artistique et le sens de l'existence, une comédie humaine sur le jeu des passions et un bouleversant roman d'apprentissage d'une jeune femme qui sait sa vie menacée. Parcourue de surcroit d'annotations musicales qui ont amené Charlotte Salomon à présenter sa création comme un Singespiel (un opéra-bouffe), Vie ? Ou théâtre ? est une ouvre d'art totale qui ne présente aucun équivalent.

    La vie et l'ouvre de Charlotte Salomon ont été redécouvertes en France grâce au roman de David Foenkinos paru en 2014 chez Gallimard, Charlotte. Le Tripode avait pour sa part initié ce projet depuis 2013, sous le conseil d'un autre écrivain, Jonathan Wable. Cette édition de Vie ? Ou théâtre ? présente, pour la première fois au monde, l'intégrale de l'ouvre dans une forme qui correspond à ce que l'auteur avait imaginé : un roman graphique.

  • Dans les dernières années de sa vie, entre 1991 à 1994, Hugo Pratt choisit d'accompagner d'aquarelles des textes rares d'Arthur Rimbaud, Rudyard Kipling et Giorgio Baffo.

    Ces recueils, devenus depuis introuvables, sont rassemblés pour la première fois dans un coffret et accompagnés de préfaces inédites d'un des meilleurs connaisseurs d'Hugo Pratt, Dominique Petitfaux.

    L'oeuvre de Pratt permet de le deviner, les livres occupèrent une place prépondérante dans sa vie. De sa découverte précoce d'écrivains comme Robert Louis Stevenson et Homère, jusqu'à ses ultimes lectures, souvent très érudites, le célèbre dessinateur n'a eu de cesse tout au long de sa vie de constituer une bibliothèque irradiante, à la mesure de son insatiable curiosité. Au moment de sa mort, cette bibliothèque rassemblait plus de vingt mille ouvrages et avait envahi toutes les pièces de sa maison.

    Mais pourquoi, dans le vaste inventaire de ses livres de prédilection, Hugo Pratt a-t-il privilégié des lettres d'Afrique de Rimbaud, des poésies militaires de Kipling et des sonnets érotiques de Baffo, poète vénitien du dix-huitième siècle ? Comme le souligne dans ses préfaces Dominique Petitfaux, le choix inattendu de ces textes en dit beaucoup des goûts littéraires de Pratt mais révèle aussi l'attirance du créateur de Corto Maltese pour des écrivains dont les destins font écho au sien.

    L'Éthiopie de Rimbaud et son appel de l'ailleurs, l'enfance coloniale de Kipling et sa culture militaire, la Venise de Baffo et son goût immodéré des femmes... En choisissant des auteurs à la façon d'un portrait chinois, Hugo Pratt nous offre, à la croisée de la littérature et de l'art, l'une de ses dernières et plus intimes invitations au voyage.

  • Treehorn est un garçon sans histoires, jusqu'au jour où il commence à rapetisser.

  • Premier livre (et chef-d'oeuvre) d'Edward Gorey.
    Il existe un mystère Edward Gorey. Qui, à part lui, peut donner le sentiment que tout d'une oeuvre est déjà là dès le premier opus, et si parfaitement ? Publié aux États-Unis en 1953, La Harpe hagarde est le premier livre de l'écrivain-dessinateur, et c'est déjà un chef-d'oeuvre. On y suit, dans un humour proprement surréaliste, les affres du célèbre écrivain Mr. Earbrass.

  • Un milliardaire recrute pour une expédition mystérieuse une jeune géologue, un dessinateur, un écrivain et un guide. Nul ne sait leur destination. Sont-ils en quête d'un trésor ? De rivages ignorés ? Ou d'une aventure intérieure ?

    A l'origine de ce projet, il y a la découverte et l'admiration immédiate de François Schuiten pour Les Jardins statuaires, de l'écrivain Jacques Abeille. Fasciné par ce livre, troublé par les résonances qu'il suscite avec son propre travail, François Schuiten a présenté à Jacques Abeille une série de dessins inédits. L'écrivain, à son tour émerveillé par la proximité entre ces dessins et l'univers romanesque qu'il a développé, a conçu le récit d'une expédition dans des contrées imaginaires, où une civilisation s'est développée autour d'anciennes et étranges statues...

    Par ses thèmes et ses principes narratifs, Les Mers perdues se rapproche du cycle des Cités Obscures qui a fait la renommée de François Schuiten.

  • L'invité douteux

    Edward Gorey

    Le livre commence par l'apparition d'une créature mystérieuse et taciturne, portant une écharpe et des baskets, à la porte d'un manoir. Les habitants de ce lieu, aristocrates tout droit sortis de l'époque edwardienne, voient cet être à l'allure vague de pingouin s'installer chez eux et ne plus en partir. Ils essaient tant bien que mal de cohabiter avec lui et de faire avec son humeur insaisissable, tour à tour abattue et espiègle. Hélas, dix-sept ans plus tard, l'invité ne montre toujours aucune intention de repartir.
    L'Invité douteux s'inscrit dans les traditions du surréalisme et de la littérature du non-sens. Il s'agit d'un des livres les plus célèbres et anciens d'Edward Gorey (troisième opus de l'auteur, il fut publié en 1957 par l'éditeur Doubleday). Le chanteur Robert Wyatt en fit dans les années 1970 une adaptation musicale avec le compositeur Michael Mantler. Le lecteur y retrouvera le même sens de l'absurde que dans les ouvrages de cet auteur déjà édités au Tripode (Les Enfants Fichus, La Harpe Hagarde, Le Couple détestable, Total Zoo, etc.).

  • The Raging Tide, ou l'imbroglio de la poupée noire (1987) est un récit absolument suréaliste, absurde, goreyen. Trois personnages interlopes se retrouvent dans un monde peuplé de pouces plantés dans la terre : un chien hyper poilu (Skrump), une sorte de poupée de chiffons blancs sans visage (Naeelah) et un animal non identifié, entièrement noir et aux bras démesurés qui porte le nom de Figbash. A peine entrent-ils en interaction que les coups bas pleuvent entre eux. Pour ne rien arranger, un peu comme dans la mythique série Les Livres dont vous êtes le héros, Edward Gorey vous propose après chaque vignette de choisir vous-même la suite de la narration selon votre humeur....

  • Le Testament d'Awdrey Gore est la synthèse hilarante de l'univers d'Edward Gorey et du Cluedo. Un assassinat est commis, et il faut bien trouver un coupable. Pour se faire, Edward Gorey va décortiquer tous les éléments du parfait meurtre entre amis : liste rigoureuse des suspects, inventaire saugrenu des armes du crime, plan, détaillé des lieux propices aux homicides, énumération délirante des manières de tuer, etc, etc. Si vous avez un jour commis le péché d'aimer Agatha Christie, vous ne pourrez que succomber à ce nouvel opus du génial Edward Gorey.

  • Tout a commencé par une faute d'orthographe, un instant dyslexique. Par la grâce d'une erreur sur les bulletins de vote, un idiot est élu pape en 1455 à la place du grandissime favori. « Ce n'est pas le premier exemple d'injustice née à cause d'une seule lettre de l'alphabet : on a connu des schismes pour moins que ça, des guerres civiles ». Oui, mais voilà, l'infortuné, furieux, s'autoproclame antipape et décide de parcourir l'Europe pour s'allier les grands de ce monde, réparer la folle erreur.

    En 2010, l'artiste Sergio Aquindo invite l'écrivain Pierre Senges au musée du Louvre pour lui faire observer un tableau de Brugel, qui demeure un mystère pour les historiens de l'art. Des mendiants à l'allure désastreuse, portant des queues de renard et d'étranges couvre-chefs. D'où viennent ces gens ? Que font-ils là ? Sergio Aquindo et Pierre Senges ont essayé de comprendre. Six ans plus tard, voici leurs hypothèses réunies dans le roman Cendres des hommes et des bulletins.

  • Les enfants fichus

    Edward Gorey

    A pour Amy tombée au bas des escaliers B pour Basil surpris par des ours affamés C pour Clara lassée, décharnée et malade D pour Desmond jeté d'un traîneau en balade E pour Ernest gobant un noyau malvenu F pour Fanny vidée d'un baiser de sangsue Et ainsi de suite.
    Écrit et dessiné en 1963, Les Enfants fichus (The Gashlycrumb Tinies) est une oeuvre somptueuse où se retrouve tout l'art d'Edward Gorey. Cet abécédaire lugubre de morts d'enfants a eu une influence considérable aux États-Unis ; il fut notamment une source d'inspiration directe du fameux livre de Tim Burton La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires (édition 10|18). Construit comme une comptine de vers de 10 pieds rimés deux à deux, ce recueil passait pour presque intraduisible : Ludovic Flamant a démontré le contraire par l'alexandrin.
    Cette nouvelle édition, dans un format plus grand et relié, reprend l'original de l'édition américaine.

  • Imastu

    Jérémie Horviller

    " Imastu est le nom d'une petite bourgade située en Estonie, près de Tapa. Lorsque j'étais étudiant, je suis allé rejoindre une amie qui travaillait dans un orphelinat. Pendant un court séjour, j'ai vu certains enfants abandonnés par leurs parents à cause d'une lourde pathologie physique ou psychique, voire les deux. Cette expérience m'a beaucoup marqué. De retour en France, je me suis dit que l'orphelinat pouvait être un point de départ pour raconter une histoire".

    La petite Ulrica incarne cette enfance perdue dans le roman graphique de Jérémie Horviller. Les raisons de sa présence à l'orphelinat font peu à peu surface, au fil d'un récit sombre dont les temporalités s'enchâssent. Le récit est peuplé de références, (De Van Gogh à Diane Arbus, d'Hokuzai à Otto Dix, en passant par Andersen) de figures et de lieux archétypaux. Nous pénétrons la dérive hallucinée et les tourments de l'orpheline au travers des paysages intérieurs qu'elle traverse, là où, dans une absence de couleur et de mot, les souvenirs finissent par affleurer...

  • Au début des années soixante, un couple maléfique kidnappe et trucide des enfants dans la banlieue de Manchester. A partir de ce drame, il faudra dix ans à l'auteur pour rendre, en une vingtaine de planches et autant de phrases, l'histoire de ces deux monstres. Un chef-d'oeuvre où l'art devient un moyen de dépasser l'horreur.

  • L'enfant guigne

    Edward Gorey

    The Hapeless Child (1961) est la version très personnelle qu'Edward Gorey nous propose du célèbre roman pour la jeunesse Princesse Sara : aventures d'une petite écolière anglaise. Ce roman, écrit par Frances H. Burnett en 1888, conte les infortunes d'une jeune et riche héritière, Sara Crewe, qui se voit brutalement jetée dans la misère suite à la disparition tragique de son père. Après bien des déboires et avoir été réduite quasiment en esclave dans un pensionnat londonien, elle est finalement secourue par un gentleman qui lui permettra de retrouver sa fortune.

    Il ne fallait pas s'attendre avec Edward Gorey à un tel happy end. Si le point de départ de son histoire est très proche du texte original, la chute en est bien différente et rappelle un autre sommet d'humour noir de l'auteur, Les Enfants Fichus...

  • Dans ce double album, deux des conteurs les plus reconnus d'Amérique latine, Alberto Laiseca et Alberto Chimal, se saisissent avec délicatesse du thème du sacrifice qu'une mère est prête à faire pour s'opposer à un événement tragique et irréversible : la mort d'un enfant. En illustrant et réunissant les deux histoires par un effet de miroir exceptionnel au coeur de l'ouvrage, l'artiste argentin Nicolás Arispe offre une lecture qui va au-delà des mots. Ses illustrations en noir et blanc, symboliques et terribles, sont à la croisée d'Edward Gorey et de José Guadalupe Posada, du baroque et du paganisme, de la Première Guerre mondiale et des danses macabres médiévales.

    Dans La Mère et la Mort, l'Argentin Alberto Laiseca s'inspire d'un conte de Hans Andersen et nous raconte l'abnégation d'une mère prête à traverser les paysages les plus hostiles et à sacrifier sa chair pour retrouver son petit.
    Dans Le Départ, le Mexicain Alberto Chimal dépeint le long et douloureux deuil d'une mère qui perd son enfant lors d'un tremblement de terre.

    Les deux récits, à mi-chemin entre la tragédie classique et la tradition orale, nous confrontent à nos peurs les plus profondes et à la question du deuil le plus douloureux qui soit, qui s'exorcise ici par la littérature et l'art.

  • Le livre

    Nicolás Arispe

    Le Livre réinterprète sept épisodes de l'Ancien Testament : la création du monde par Dieu, le sacrifice d'Abraham, la venue de l'Ange vengeur, les doutes de Job, les lamentations de Jérémie, la prophétie d'Ezéchiel et la punition de Jonas. Ces récits bibliques sont ici désaxés (spatialement et temporellement) et figurés par des animaux. Dans la Création, Dieu est représenté en ingénieur d'une centrale nucléaire. Ezéchiel se réincarne dans un être au croisement d'un minotaure et d'un cadre d'affaires. Le sacrifice d'Abraham se rejoue au sein d'une communauté d'ours blancs au pôle Nord, près de l'épave d'un chalutier pris dans les glaces. Jonas s'est métamorphosé en un loup à bord d'un navire de la Renaissance, etc. Le mélange des symboles ou leur inversion, les références à notre monde contemporain, l'usage des figures mi-homme mi-bête... l'originalité des codes utilisés par Arispe, alliée à un dessin virtuose, réussit à remettre en lumière ce que nous pensions connaître, à nous refaire découvrir de façon sensible, au-delà des croyances, les dimensions poétiques et universelles de l'Ancien Testament.

  • L'aile ouest

    Edward Gorey

    L'Aile Ouest a paru aux États-Unis en 1963, en même temps que Les Enfants Fichus. C'est un des premiers recueils d'Edward Gorey, et sans doute un de ses plus troublants : 30 planches muettes, dessinées dans le style inimitable de Gorey, nous font pénétrer dans l'intérieur d'une vaste demeure bourgeoise. Dans une atmosphère digne d'une partie de Cluedo, les plans se succèdent, offrant à chaque fois un point de vue partiel, chargé de mystères. Là, l'entame d'un escalier. Plus loin, trois chaussures abandonnées sur le sol. Une enfilade de portes ouvertes. Un immense tableau, avec au loin une tombe. Un homme assis, méditant les yeux fermés. Un colis soigneusement empaqueté. Une femme de chambre portant une urne sur un plateau. Un homme nu à une balustrade. Une roche posée sur une table en bois. Etc.
    Hommage à Max Ernst (on peut penser notamment à Une semaine de bonté), L'Aile ouest est l'oeuvre la plus surréaliste de l'auteur.

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