• Ce livre raconte une autre histoire : parcourant cinq siècles, il présente, à partir aussi bien de textes d'une actualité proche que de récits plongeant dans les temps immémoriaux du mythe, la résistance d'un peuple à la négation de son existence.
    Le récit de leur résistance tenace à la colonisation et à la tentative d'extermination permet d'entendre directement leur parole, de les observer dans l'action, de les retrouver comme les partenaires d'une histoire commune où Euro-Américains et Amérindiens ont chacun joué leur rôle. Vus sous cet angle, les Amérindiens paraissent exemplaires : ils se sont opposés avec constance au vol de leurs terres, à la violence exterminatrice, à l'anéantissement de leurs structures sociales et de leurs cultures, saisissant les armes les plus propices - guerre, guérilla, recours légal, usage inversé de l'acculturation, ressourcement aux racines de la spiritualité ancestrale.
    Exemplaires dans leur refus de séparer la lutte pour la survie du combat pour l'identité, les Amérindiens concrétisent, par l'affirmation de leurs propres valeurs, le doute qui saisit le monde actuel sur le bien-fondé des civilisations technologiques, l'exploitation abusive des ressources naturelles, l'enfermement de l'homme blanc dans une vie consacrée au seul profit matériel.

  • Cet ouvrage interroge le sens et la réalité de la nation américaine, déjà bi-centenaire, en examinant ses origines. Comment les « Pères fondateurs », ces Pygmalion du premier État-nation délibérément constitué, ont-ils conçu leur création ? Alors qu'en 1789 la France révolutionnaire fonde l'État-nation des citoyens, les dirigeants et les idéologues américains se défendent de ne créer qu'une nation contractuelle : ils cherchent à la légitimer en lui donnant une tradition. Pour l'auteur, l'idéologie dominante de l'Amérique passée et présente prend sa source dans les mythes développés par le discours des Fondateurs. Ce n'est pas vraiment la tradition libérale - héritée des lois britanniques et de la philosophie des Lumières - ou celle du « consensus » - dont on prétend qu'elle aurait assuré la permanence nationale - qui sont les fils conducteurs de la continuité historique des États-Unis, c'est plutôt une idéologie nationaliste, celle-là même qui est destinée à réaliser le « consensus ». Cette idéologie, profondément intériorisée, est remarquablement masquée par la pluralité des mythes qui la composent. L'auteur analyse l'élaboration et la portée de ces mythes : mythes de fondation, où s'exaltent les commencements absolus, le culte des pionniers, l'intangibilité des textes constitutionnels ; mythes de tradition et de continuité, où les conquérants de l'Amérique se font les porte-flambeaux de la civilisation et assument la tâche d'anéantir la sauvagerie et les sauvages ; mythes justificateurs d'une communauté exclusive, où l'homofaber anglo-saxon impose ses normes face à la « primitivité » des peuples d'Amérique et d'Afrique. Ces mythes modernes qui soutiennent et justifient la nation volontairement construite des Fondateurs établissent l'universalisme proclamé (et trompeur) d'une collectivité qui se dit élue par la Providence et que son élection disculpe des actes délibérés d'exclusion et de génocide. Des mythes à l'idéologie nationaliste, le pas est franchi en 1800 lorsque Thomas Jefferson, l'un des principaux idéologues de l'indépendance, est élu troisième Président des États-Unis. Désormais, l'État assume les mythes et les utilise pour cimenter la nation.

  • Dès leur indépendance, les États-Unis s'étaient donné pour tâche d'inscrire dans la réalité américaine un idéal démocratique et universaliste. Pourtant la nation naissante écartait d'emblée les Noirs et les Indiens réservant ainsi à certains groupes ethniques privilégiés le bénéfice de ses institutions et de ses richesses. Ce livre étudie à travers l'histoire de certaines minorités la politique des États-Unis vis-à-vis des groupes qui ont été appelés à former la nation américaine : exclusivisme, appropriation des richesses, recherche d'une homogénéité nationale au prix du rejet des cultures allogènes. Vivre en marge, pour les minoritaires américains, c'est être relégué dans des réserves réelles ou symboliques, hors du circuit des richesses du pays, dans l'impossibilité de prendre pleinement part à la compétition que prétend leur offrir le capitalisme américain ; c'est être maintenu par la discrimination au bas de l'échelle économique et sociale ; « vivre en marge » c'est aussi être exclu de la « démocratie américaine » et se voir refuser l'accès à une culture détenue par la majorité. C'est être dépouillé de sa propre culture par le mépris qui lui est opposé. Mais ceux auxquels le nativisme et les idéaux uniformisateurs n'ont laissé de choix qu'entre l'assimilation ou l'exclusion mettent aujourd'hui en question les normes qui les excluent. Quelles que soient leur prise de conscience et la forme de leur combat, les minoritaires d'origine européenne, orientale, africaine ou aborigène réclament tous l'égalité inscrite dans les grands textes américains, une égalité qui passe par le droit à la différence et par la dignité retrouvée.

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