Guerre froide (1945-1989)

  • Dans cette analyse globale variant les échelles géographiques et les regards, une jeune historienne, Bibia Pavard, revient sur les événements de mai et juin 1968.
    S'arrêtant d'abord sur les contextes (locaux, nationaux, internationaux) d'émergence d'une contestation multiforme, elle décrit ensuite comment se sont embrasées les villes, mais également les campagnes. Après le temps suspendu de mi-mai à mi-juin, marqué par les grèves, les occupations, les violences et la créativité, vient le temps de la reprise du travail, des tensions politiques et des élections législatives qui, fin juin, sonnent le retour à l'ordre.
    Or, pourquoi, un demi-siècle plus tard, cet événement suscite-t-il encore autant de polémiques ? Quels en sont les enjeux mémoriels ? Si le souvenir de cette période fondatrice, qui a « changé la vie » de toute une génération, perdure sous des formes politiques et culturelles diverses, c'est que Mai 68, plus qu'une date, est aussi et surtout un « esprit ».

  • Mai 68, cinquante après... L'événement génère encore beaucoup de discours - des procès (« C'est la faute de 68 ! »), des confiscations (les leaders s'en appropriant le sens), des raccourcis (réduisant le mouvement à sa seule composante étudiante) - mais qui sait comment cet épisode extraordinaire est entré dans la vie de millions de personnes ordinaires ?
    Pour sortir de l'oubli cette part essentielle de l'histoire, les Éditions de l'Atelier et Mediapart ont lancé de juin à septembre 2017 un vaste appel à témoignages. Plus de trois cents acteurs anonymes de Mai- Juin 1968 y ont répondu, en envoyant des textes, des photos, des documents...
    Enfant de la banlieue rouge, collégienne des beaux quartiers en blouse, étudiant algérien en art dramatique, ajusteur, professeur de collège, opératrice des PTT, monteuse stagiaire dans le cinéma, métallo d'une usine automobile, appelé du contingent, aumônier de jeunes, technicien du son à l'ORTF, directeur de la maison de la culture, cheminot... Reliés les uns aux autres, leurs récits forment une véritable fresque : barricades du Quartier latin, occupation d'usines, rébellion au lycée contre l'interdiction pour les filles de porter le pantalon, première manifestation, contestation d'un chef autoritaire, demande d'augmentation de salaires, premières prises de paroles en assemblée générale, premier pot au café... L'élan émancipateur de ce qui fut vécu durant ces semaines mémorables s'incarne de manière polyphonique, à la fois intime et politique.
    Ces pages forment la trace précieuse, inédite à cette échelle, de ce que fut Mai 68. Un moment d'histoire dont le souffle a transformé des vies. Un passé si fort qu'il travaille encore le présent.

  • " Il ne s'est rien passé en 68 ! " Slogan maintes fois répété ! Et pourtant Mai 68 a été le plus grand mouvement de masse de l'histoire de France la grève la plus importante de l'histoire du mouvement ouvrier français. En France. trois fois plus de travailleurs se sont mis en grève que pendant le Front populaire en 1936. On comprend pourquoi un certain président rêve de " liquider l'héritage de 68 ". En restituant l'explosion graphique des affiches de Mai, Vasco Gasquet, acteur et collaborateur du fameux atelier des Beaux-Arts, nous fait à nouveau sentir l'odeur de poudre qui s'en dégage : anti-impérialisme, aspiration à l'égalité, solidarité avec les ouvriers, critique radicale de l'autorité, du pouvoir, rêve d'une autre société basée sur un autre possible que le diktat du capital ! La beauté convulsive de ces affiches nous semble si loin et pourtant elles sont d'une terrible actualité.

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